Des alliés du bruit contre notre audition : les agents ototoxiques

    agents ototoxiques

    Il n’y a pas que le bruit dont nous devons nous préserver. Il y a aussi certains composants chimiques dont certains salariés doivent protéger leur oreille interne.

    Ces agents sont dits ototoxiques.

    Ils ont la propriété de potentialiser les effets du bruit et d’augmenter les risques d’atteintes auditives dans le cadre professionnel.

    Quels sont-ils ?

    • les solvants aromatiques,
    • le monoxyde de carbone,
    • l’acide cyanhydrique.

    Mais aussi, dans un autre cadre :

    • les antibiotiques,
    • les diurétiques,
    • les salicylates,
    • les anti-tumoraux.

    Tous peuvent agresser l’oreille interne des salariés. D’où la nécessité de réviser les limites réglementaires à l’exposition au bruit qui ont été établies sans tenir compte de ces facteurs ototoxiques.  Cela s’avère d’autant plus nécessaire que certaines personnes sont exposées à plusieurs nuisances d’origines diverses. Or, il existe désormais des études scientifiques qui permettraient d’adapter une réglementation trop permissive, si on considère que l’enquête SUMER 2010, menée en 2014, « a montré que plus de 2,4 millions de salariés étaient encore exposés à des nuisances sonores pouvant entraîner des surdités professionnelles ! » Et cela « malgré l’existence d’une réglementation relative à la prévention des risques d’exposition au bruit ».

    Celle-ci prévoit qu’une protection individuelle soit mise à disposition des personnes exposées pendant 8 heures à plus de 80 dB(A), ou à plus de 135 dB « crête » si la protection collective s’avère insuffisante.

    Et pourtant de récentes études montrent que « 1020 surdités (dont 997 chez les hommes) ont été reconnues en 2012 au titre du tableau n°42 du régime général des maladies professionnelles ».

    Et maintenant on constate que le bruit n’intervient pas seul dans ces surdités. Il est efficacement secondé par l’effet de certaines substances chimiques, telles que solvants aromatiques ou certains médicaments agissant directement sur la cochlée – organe sensoriel de l’audition – ou par potentialisation des effets du bruit.

    Ces agents ototoxiques peuvent avoir aussi bien une origine professionnelle (certains solvants)  qu’extraprofessionnelle : antibiotiques, diurétiques, anti-tumoraux,  acide acétylsalicylique et autres de moindre importance.

    Comment agissent-ils ?

    D’abord sérions les éléments les plus utilisés dans l’industrie.

    • le toluène : utilisé dans la composition de peintures, vernis, encres et agents dégraissants.
    • le styrène, entre dans la fabrication des résines renforcées à la fibre de verre,
    • le xylène,
    • l’éthylbenzène.

    Tous ces solvants organiques présentent une grande volatilité facteur potentiel de toxicité pour les salariés qui les inhalent à longueur de journée.

    Ce qui concerne chez nous, environ 72.500 personnes côté résines polyester, et 25.300 personnes côté styrène. Sans oublier les  205.200 personnes exposées au toluène, au xylène et autre éthylbenzène. 

    Distinguer pour mieux protéger

    Bien sûr la difficulté consiste à distinguer la surdité induite par les solvants, de celle induite par d’autres facteurs possibles comme le bruit.

    L’audiométrie tonale est inscrite au tableau 42 des maladies professionnelles.

    Elle permet  bien de diagnostiquer une surdité professionnelle mais ne peut en déterminer l’origine, traumatisme chimique et traumatisme acoustique se manifestant de la même façon : diminution de la sensibilité auditive au voisinage des 4-6 kHz, ou scotome auditif.

    Résultat : seul le bruit portant la charge entière de la surdité professionnelle fait l’objet de prévention. Voire d’indemnisation… quand il est trop tard pour corriger le tir.

    Il va absolument falloir prendre en compte désormais les effets d’agents ototoxiques en milieu professionnel si on veut vraiment mettre en oeuvre une politique de prévention de la surdité professionnelle efficace.

     

    Olivier TOMA – PRIMUM NON NOCERE®

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