L’Europe classe le bisphénol A comme « extrêmement préoccupant »

    Déjà l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) avait défini le bisphénol A comme perturbateur endocrinien. L’Anses lui a emboîté le pas et vient d’annoncer que le bisphénol A entrait dans la catégorie des substances  » extrêmement préoccupantes « . Décision prise à l’unanimité de la commission chargée du dossier.

    Ce bisphénol A (BPA), très utilisé dans l’industrie du plastique, figurait déjà sur la liste des « substances extrêmement préoccupantes » car sa toxicité sur le système reproductif était reconnue. Un pas de plus est franchi puisque l’ECHA reconnaît désormais que le BPA présente la même nocivité que les perturbateurs endocriniens (PE) présents dans de nombreux produits de consommation courante : jouets, peintures, cosmétiques, contenants alimentaires, etc.

    C’est la France qui s’est montrée la plus offensive contre l’utilisation du BPA et qui a mobilisé l’ECHA. L’Europe a ainsi interdit l’utilisation de la substance dans les biberons ou les tickets de caisse alors que la France en a protégé tous les emballages alimentaires. Le ministère français de la Transition écologique a qualifié la décision de l’ECHA de « première étape » et de « grosse avancée ».

    La décision de l’ECHA « ouvre la possibilité d’en limiter l’usage [du BPA] en conditionnant son utilisation à l’octroi d’une autorisation temporaire et renouvelable », explique l’Anses, qui avait défendu le dossier auprès de l’ECHA au nom de la France.

    Ainsi, à terme, de nouvelles restrictions dans l’utilisation du BPA dans les produits vendus sur le marché de l’UE, pourraient être décidées, même si « les lobbies du plastique avaient attaqué la première décision » de l’ECHA devant la Cour de justice de l’UE. « Nul doute [qu’ils ne] s’attaquent à cette nouvelle décision » affirment les responsables de l’ECHA.

    Historique

    bisphenol-A

    Rappelons que le bisphénol A a été inscrit à la liste des substances extrêmement préoccupantes de l’ECHA en tant que reprotoxique, dans le cadre du règlement REACh, à la demande de la France finaoût 2016. Demande réitérée quant à la perturbation endocrinienne, en février dernier et qui vient d’obtenir gain de cause. L’ECHA a suivi la France en classant cette molécule comme perturbatrice endocrinienne du fait de troubles sanitaires sérieux tels que le développement de tumeurs mammaires, l’altération des fonctions cognitives et du métabolisme. Le choix a d’ailleurs été pris à l’unanimité.

    Ainsi le BPA sera désormais inscrit sur la  « liste des substances extrêmement préoccupantes candidates en vue d’une autorisation », et l’industrie sera tenue de notifier à l’ECHA la présence de la substance concernée dans tout produit fabriqué ou importé dans l’UE. Quant au consommateur, il acquiert le droit d’être informé de la présence de cette substance dans un produit qu’il souhaiterait acheter.

    L’Association HEAL (Health and Environment Alliance) a ainsi déclaré « c’est un grand pas pour la protection de la santé des Européens, et cela démontre la nécessité d’accélérer l’identification et la régulation des perturbateurs endocriniens dans l’UE ». Il apparaît en effet que le processus de protection contre ces substances est très laborieux : la Commission européenne ayant pour le moment échoué à imposer ses propositions de définition des perturbateurs endocriniennes, jugées trop laxistes par plusieurs Etats, dont la France.

    Les étapes à venir

    A la suite de cette avancée l’association ClientEarth (accréditée par l’ECHA pour assister aux réunions du comité des Etats membres), estime toutefois auprès du JDLE que « cette décision ne suffit pas à contrôler le produit. Ce qu’il faut désormais, c’est soit la prise de mesures de restriction, soit l’inscription sur la liste d’autorisation. C’est normalement un processus très long, j’espère que cela ne prendra pas trois ans ».

    Ce qui a conduit le syndicat européen de l’industrie plastique, PlasticsEurope, a saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre la décision de placer le bisphénol A sur la liste des substances candidates. L’ECHA décidément bien active, a décidé de faire bonne mesure en inscrivant « l’acide sulfonique de perfluorohexane (PFHxS) et ses sels sur la liste des substances candidates, en raison de leurs propriétés très persistantes et très bioaccumulables (vPvB), à la demande de la Suède ».

    Où trouve-t-on encore du Bisphénol A ?

    En France, et malgré l’interdiction du BPA dans tous les contenants alimentaires commercialisés depuis janvier 2015, cette substance nocive continue d’apparaître discrètement dans les produits de supermarchés, d’après les tests réalisés par l’Association Santé Environnement. Compte tenu du résultat de ces tests, il faut vous montrer vigilants avec les produits suivants :

    le bisphenol A dans les boites de conserve

    • Canettes et boîtes de conserves
      Résultats positifs pour les canettes de sodas testées, ainsi que deux boîtes de conserve (une de haricots blancs de marque Carrefour et une d’une marque portugaise) : BPA à très faible dose, ainsi que ses substituts, les bisphénols S et F.

    Il faut donc privilégier les bocaux en verre, porcelaine, ou acier inoxydable, particulièrement pour la nourriture chaude et des liquides. Remarquer au dos des boîtes de conserve des chiffres inscrits au cœur du pictogramme indiquant que le produit est recyclable et privilégier les chiffres de 1 à 6 qui permettent de savoir que le matériau n’est pas du polycarbonate, susceptible de laisser des traces de bisphénol A dans l’alimentation.

    • Contenants en plastique
      Le risque (presque) zéro, s’obtiendra en refusant les contenants en plastique portant les chiffres 3 (PVC, ou polychlorure de vinyle) et 7 (polycarbonate). On évitera de réchauffer les aliments dans leur emballage plastique. Leur substituer une assiette ou un récipient en verre (type Pyrex) recouverts d’un couvercle en verre ou d’une assiette. Les plastiques considérés comme les moins douteux sont ceux où figurent les chiffres 2, 4 ou 5 figurent.
    • Tickets de caisse
      Officiellement ceux-ci ne contiennent plus de BPA. Ils doivent porter la mention « garanti sans bisphénol A » au verso. Malheureusement, la fabrication du papier qui les constitue, utilise souvent du bisphénol S pour remplacer le « A » (tickets et reçus de cartes de crédit). Or les chercheurs de l’Inserm ont mis les consommateurs en garde contre ces deux produits de substitution au BPA, à savoir le  BP.S et le BP.F, qui équivalent le BPA en fait de perturbation hormonale ! Or, il n’y a aucune réglementation les concernant actuellement.

    Comme quoi nous ne sommes pas sortis de l’auberge dans le combat contre les bisphénols et autres substances nocives qui font le bonheur des industriels, mais pas le nôtre. Ce qui nous offre l’occasion de saluer l’action menée par le RES (Réseau Environnement Santé) à la pointe de cette œuvre de salubrité publique.

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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