Changer de paradigme sur la production de déchets pour changer le monde !

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    Selon le code de l’environnement un déchet est : tout résidu d’un processus de production, de transformation ou d’utilisation, toute substance, matériau, produit ou plus généralement tout bien, meuble abandonné ou que son détenteur destine à l’abandon.

    Autrement dit, tout élément qui est abandonné est un déchet ! Ce n’est pas pour autant que cette matière est inutilisable, en l’état ou après modification.

    En France, chaque habitant jette en moyenne 354 kg de déchets par an dans sa poubelle. À cela s’ajoutent les déchets produits par l’industrie et les entreprises, par l’agriculture ou encore par les activités de soin. Au total, la moyenne de déchets produits par Français, avoisine les 14 tonnes par an !

    • Environ un tiers est incinéré,
    • Un tiers est valorisé
    • Un tiers mis en décharge.

    La gestion des déchets regroupe l’ensemble des opérations liées à ceux qui sont issus de l’activité humaine. Elle concerne la collecte, le transport, le traitement, la réutilisation, l’élimination ou le stockage des déchets. Elle a un nom scientifique : la rudologie, qui peut être définie comme l’étude systématique des déchets.

    En Europe, la France est le 2ᵉ pays produisant le plus de déchets, derrière l’Allemagne, avec 343 millions de tonnes en 2018. La gestion de ces millions de tonnes de déchets génère des milliards d’euros de chiffre d’affaires, en croissance de 11,2% pour l’Union Européenne et de 21% pour la France entre 2016 et 2018.

    Le traitement des déchets génère de très nombreuses émissions de gaz à effet de serre tant pour leur traitement que pour leur transport. Cette activité participe au dérèglement climatique.

    En 2017, le traitement des déchets, par stockage ou incinération, ainsi que le traitement des eaux usées, représentent 3 % du total des émissions de GES de la France. Ces activités se caractérisent par une proportion élevée d’émissions de méthane (CH4). Le traitement des déchets contribue ainsi au quart des émissions nationales de CH4.

    Les effets néfastes de la pollution sur la santé, générée par les incinérateurs de déchets sont causés par la nocivité des agents chimiques émis par les cheminées. Le mélange de l’azote, de l’oxygène, de dioxyde et autres substances, constitue une source de dangers pour la santé qu’il ne faut pas négliger.
    L’on peut donc affirmer que l’activité de l’incinération des déchets représente un risque majeur, car le traitement et l’élimination des déchets peut engendrer l’émission de certains polluants dans le milieu naturel, et ainsi créer un impact à plus ou moins brève échéance sur la santé humaine.

    Des concentrations élevées de dioxines ont été détectées récemment à proximité de l’incinérateur d’Ivry-Paris 13, qui traite des milliers de tonnes d’ordures ménagères par an. Elles sont dangereuses, principalement lorsque l’on y est exposé pendant longtemps à des niveaux élevés. Les dioxines font partie des douze polluants organiques persistants (POP) caractérisés par leur toxicité pour l’environnement et les êtres vivants, leur persistance sur plusieurs décennies, leur capacité à se répandre dans l’atmosphère sur de longues distances et à s’accumuler dans la chaîne alimentaire. Ce sont des perturbateurs endocriniens caractérisés par leur neurotoxicité et leur immunotoxicité.

    Des impacts nombreux de ces substances sont aussi identifiés sur les sols, les cours d’eau et les nappes phréatiques. La gestion des déchets impacte directement notre environnement, durablement.

    La mauvaise gestion des déchets représente un risque pour l’environnement et, par ricochet, pour la santé humaine. Le manque de civisme altère fortement cette gestion et aggrave aussi les risques sanitaires.

    La mauvaise gestion des déchets ménagers est à l’origine d’un problème majeur de santé publique d’autant plus qu’elle constitue le facteur dominant de création de nids de moustiques, mouches, cafards, souris qui constituent des vecteurs de menace de la santé.

    Alors…que faire ?

    Le terme de déchets renvoie à des images peu glorieuses, telles que l’insalubrité, les nuisances visuelles et olfactives et n’incite, ni à l’innovation, ni au débat public.

    Et si nous adoptions définitivement le terme de « matières résiduelles » ? …

    Cela ouvrirait d’autres champs de réflexion. Cela inciterait à pratiquer « l’économie circulaire » ; en d’autres termes à transformer les matières résiduelles des uns, en matière premières pour les autres.

    Citons Hubert REEVES : la nature ne fait pas de déchets, Elle utilise et recycle tout. Par exemple, dans la forêt, les animaux morts deviennent la nourriture de charognards et de nombreux insectes. Les feuilles mortes sont happées dans le sol par les vers de terre qui les mangent et restituent à la terre ce que nous qualifions d’excréments et qui sont de fait des éléments fertilisants. Celles qui restent en surface se décomposent sous l’action de bactéries et se transforment en humus qui nourrit les plantes mangées par les herbivores, eux-mêmes mangés par les carnivores … La chaîne est sans fin.

    Dès lors que nous sommes d’accord sur le principe que toutes ces matières résiduelles peuvent se recycler, il reste à inventer un modèle économique différent pour changer de paradigme. En clair : trier et valoriser demande aujourd’hui plus d’efforts et de dépenses à celui qui agit que de tout rejeter dans les circuits de traitement des ordures ménagères ou pire dans la nature !

    Cela n’a pas de sens.

    San Francisco et ses 860 000 habitants se sont lancé un défi de taille : ne plus produire de déchets à l’horizon 2020. Et pour y parvenir, la cité californienne mise sur une filière créatrice d’emplois : le recyclage, et non plus sur l’incinération. Recology, la coopérative qui récolte les déchets de la ville, s’est dotée du plus gros centre de tri de la planète : le Pier 96. Un immense hangar de 20 000 m2 où s’entassent des montagnes de détritus.

    San Francisco recycle aujourd’hui 80 % de ses déchets grâce à trois poubelles : la bleue pour le recyclable, la verte pour le compost et la noire pour l’intraitable. Mais la ville espère atteindre bientôt les 100 %.

    Deux pays approvisionnent principalement la Suède en déchets, il s’agit de la Norvège, et du Royaume-Uni.

    Ces deux nations expliquent leur choix de vendre les ordures à la Suède par le fait qu’elles évitent ainsi les frais de leur incinération et y gagnent même de l’argent.

    Ainsi, la Norvège et le Royaume-Uni y gagnent en réduisant la quantité de déchets à gérer par les autorités, la Suède produit de l’énergie à moindre frais…

    En France, l’artisan qui doit aller à la déchèterie se voit souvent refuser l’accès, celui-ci étant réservé aux ménages. L’hôpital qui souhaite valoriser le plastique à usage unique, les masques jetables, ou les biodéchets, multiplie ses dépenses par 2 ou 3. Les ménages qui souhaitent trier leurs matières résiduelles ne bénéficient pas de système de collecte sur tout le territoire. Ce qui les oblige à se déplacer pour trouver les bonnes bornes de collecte. Certaines filières n’existent toujours pas et génèrent de ce fait des gâchis considérables de matières premières :  le verre médicamenteux par exemple, dont l’absence de recyclage provoque tous les jours l’incinération de centaines de tonnes dans toutes les régions.

    Alors pour changer de paradigme, l’état devrait inverser la tendance : ne plus facturer l’enlèvement et le traitement des matières résiduelles et – au contraire – mettre en œuvre un système de rachats de ces matières résiduelles, dès lors qu’elles sont triées. Ainsi, nous aurions tous intérêt à collecter, trier, valoriser, à imiter la nature qui ne produit pas de déchets.

    Ce principe s’avérerait encore plus puissant que la dynamique de l’éco organisme qui est gratuit. Si une telle disposition était adoptée, la vente de matière résiduelles rapporterait et éviterait des dépenses sur tout le territoire pour lutter contre les décharges sauvages.

     

    L’ADEME pourrait ainsi établir :

    • Une cartographie des gisements de ces matières par région, par secteur d’activité,
    • Une cartographie des prestataires de valorisation, par région
    • Et « croiser » ces informations pour privilégier des traitements locaux et éviter que des camions pleins de ces matières ne sillonnent la France à longueur d’année.

    Lançons un « Territoire à mission®  pilote » pour tester un nouveau modèle économique qui créé des emplois non délocalisables, qui réduit les impacts sur la santé et l’environnement et réduit les dépenses de traitement, de transports et de nettoyage.

    Une proposition ou un projet de loi dans ce sens … pourrait nous aider à changer de paradigme…

    On s’y lance?

     

    Olivier TOMA – Fondateur de Primum Non Nocere

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