Couches : on progresse !

    Couches : on progresse !

    Couches : on progresse !

    Un rapport de l’ANSES publié aujourd’hui (23 janvier 2019) indique que des substances chimiques dangereuses ont été retrouvées dans des couches pour bébé. 

    A la naissance d’un enfant, les parents devront choisir les produits du quotidien : lait infantile, couches, produits d’hygiène, meubles et jouets. Le plus souvent, ils privilégieront les produits utilisés ou recommandés par les professionnels de santé des maternités ou, plus tard, des crèches, des pharmacies ou des pédiatres. C’est donc une grande responsabilité qui pèse sur ces acteurs de santé. En effet, comment garantir aux parents que les produits recommandés sont les meilleurs et les plus sains pour leur enfant ?

    Genèse de l’action Primum Non Nocere®.

    L’agence Primum Non Nocere® conseille depuis 10 ans des maternités, des crèches et des pharmacies vers des pratiques saines et éco-responsables. Ces organisations nous ont confié la mission d’étudier la composition de ces produits, dans le but de promouvoir les plus vertueux.

    C’est suite à des analyses effectuées en 2016 sur les couches de la marque Pampers® par un laboratoire d’analyses indépendant, que nous nous sommes intéressés à ces produits. En effet, cette étude mettait en évidence la présence d’HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), une substance cancérigène.

    Notre expérience de terrain nous a permis de réagir en proposant un étiquetage obligatoire de la composition de ces produits de consommation, ainsi que la mise en place d’une autorisation de mise sur le marché (voir notre Livre Vert).

    etiquettage couches
    Etiquetage couches proposé par notre agence

    Ensuite, nous avons lancé une pétition pour plus de transparence sur les substances contenues dans les couches. Parallèlement, nous avons pris contact avec des fabricants de couches. C’est ainsi que certaines sociétés ont annoncé qu’elles allaient étiqueter les emballages des couches en indiquant les différents matériaux et substances.

    Peu satisfaits des réponses apportées quant à la garantie de l’innocuité des couches, nous avons de plus saisi

    l’ANSES et la DGCCRF, les questionnant sur le caractère peu écologique des matériaux utilisés par la plupart des fabricants, issus du plastique. Nous demandions :

    • Une règlementation REACH (produits chimiques) plus stricte pour les produits destinés aux enfants, pour les couches pour adultes et pour les protections hygiéniques.
    • Des tests scientifiques d’innocuité adaptés à la nature du produit. Les tests pratiqués par les industriels sont trop courts et pratiqués avec du sérum physiologique, et donc ne prennent pas en compte le fait que les couches sont en contact permanent avec la peau du bébé, les selles, l’urine et la transpiration.

    Nous avons de plus créé le LAB RSE®, un outil en ligne pour les professionnels et établissements de santé, les GHT et les centrales d’achats pour éclairer les acheteurs sur la pertinence des critères de choix, sur les innovations les moins impactantes, permettant de noter ces produits tant par des experts que des utilisateurs sur la qualité d’usage.

    Publication du rapport de l’ANSES.

    C’est donc suite à notre alerte que l’ANSES nous a informé de la réalisation d’une étude sur la composition de ces produits. Le rapport qui en est issu, sorti aujourd’hui, est sans appel : « Plusieurs substances chimiques dépassent les seuils sanitaires dans les couches. Aussi, à ce jour et en l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible d’exclure un risque sanitaire lié au port des couches à usage unique ».

    Les substances retrouvées, dans toutes les couches testées (écologiques ou non), sont extrêmement diverses : composés organiques volatils (dont benzènes), pesticides (dont certains sont interdits en France aujourd’hui), formaldéhyde, dioxines et des substances parfumantes. Cette dernière catégorie est ajoutée de manière intentionnelle par les industriels, alors que les autres proviennent d’une contamination des matériaux du produit ou lors de sa fabrication.

    Précisons que les tests ont été effectués avec un simulant d’urine et dans des conditions plus pertinentes que les études qui étaient réalisées par les industriels jusqu’à maintenant, ces derniers ayant eu parfois des difficultés à transmettre les données sur la composition et la fabrication de leurs produits pour la réalisation de l’étude. L’ANSES mentionne la possible utilisation de silice sous forme de nanoparticules !

    En dehors des effets individuels de chacune de ces substances (cancérigènes, génotoxiques, perturbateurs endocriniens, sensibilisantes et allergisantes), l’ANSES précise : « il n’est pas à exclure que l’exposition cumulée par différentes voies d’exposition conduise à une augmentation des risques estimés ».

    Partant de ce constat, l’ANSES recommande de :

    • Règlementer plus strictement cette catégorie de produit par le biais du règlement européen (REACH) sur les produits chimiques.
    • Poursuivre les campagnes de mesure conformément aux procédés utilisés lors de cette première étude.
    • Supprimer toutes les substances parfumantes.
    • Maitriser l’origine de toutes les matières premières (notamment d’origine naturelle).
    • Améliorer les procédés de fabrication des couches pour réduire au maximum la présence de substances dangereuses.
    • Déterminer une concentration maximale (en attendant une future règlementation) pour les dioxines, furanes chlorées et PCB-DL.
    • Continuer les études scientifiques en se rapprochant le plus possible d’une utilisation réelle de la couche (évaluation du transfert des substances vers la peau et les muqueuses, protocoles de recherche utilisant de l’urine de bébés).

    Et la suite ?

    Pour permettre une diversification des marques utilisées en maternité, crèche et pharmacie, et pour permettre aux produits vertueux de se faire une place sur le marché des couches, nous demandons aux autorités d’aller plus loin.

    La société Procter&Gamble® allègue être « le choix n°1 des maternités » en 2018. Nous savons aujourd’hui qu’il ne s’agit pas d’un choix lié à la qualité des couches Pampers mais lié à des considérations économiques. Les pratiques commerciales auprès des maternités et des crèches questionnent.

    En effet, la société propose des coûts très avantageux à ces établissements par rapport aux prix des couches vendues en grande surface, ce qui pourrait constituer une vente à perte sanctionnée par l’article L420-5 du Code de commerce. Cela engendre en tout état de cause un obstacle à l’accès au marché par des producteurs de couches plus vertueuses mais ne pouvant pratiquer ces prix.

    Les propositions de l’ANSES constituent une véritable avancée. C’est donc au Gouvernement de prendre le relais et de les promouvoir. Nous rajouterons ici qu’il est possible d’aller au-delà de ce qui est prescrit par l’adoption de trois mesures supplémentaires :

    • Obligation d’étiquetage de la composition exhaustive sur les paquets de couches pour tous les fabricants.
    • Mise en place d’une autorisation de mise sur le marché pouvant être retirée en cas de dépassement des seuils.
    • Une réduction du taux de TVA pour les produits éco-labellisés de 20% à 5,5%.

     

    Pour conclure, le travail de l’ANSES, couplé à celui de la DGCCRF, est indispensable pour garantir la sécurité des produits quotidiens destinés aux enfants. Nous demandons que ce travail se poursuive par une étude des laits infantiles, qui ne sont pas exempts de substances dangereuses (voir notre dossier ici).

     

    ANSES : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

    DGCCRF : Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes

    GHT : groupement hospitalier de territoire 

    Olivier Toma, Elise Lamarre, Agathe Barret, Thomas Bourgeois – Agence Primum Non Nocere®

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