Effluents hospitaliers, eaux usées : des solutions existent.

    C’est ce que prouve l’expérience pilote du site de Bellecombe (Sipibel) menée depuis 2011 où le centre hospitalier Alpes-Léman, les collectivités locales et la préfecture ont uni leurs efforts pour mener une expérimentation en matière de traitement de ses eaux usées. Il fallait d’abord connaître les spécificités d’un effluent hospitalier et savoir ensuite s’il était possible de mélanger sans risque les deux types d’eaux usées, sans nuire à la santé humaine et sans impact sur l’environnement. Les eaux de la station d’épuration étant rejetées dans l’Arve, la rivière alimentant la nappe du Genevois, qui sert à la consommation humaine.

    La procédure

    Un panel et chercheurs et d’organismes officiel s’est donc créé qui a effectué des prélèvements de l’eau de l’Arve à l’amont et à l’aval de la station, de février 2012 à septembre 2014. Dans le même temps des mesures en physico-chimie, en microbiologie et en éco toxicologie ont été réalisées mensuellement dans la station.
    A partir de 2014 on est passé à une expérimentation des effluents a été menée, destinée à répondre aux questions suivantes:

    • Est-ce que l’injection d’une part d’eau urbaine dans les effluents hospitaliers allait modifier la qualité des eaux rejetées.
    • Quel serait son impact environnemental et son impact sur le fonctionnement de la station ».

    On a donc évalué le fonctionnement de la station sans hôpital depuis 2011 – puis après 2012 ce même fonctionnement avec un traitement séparatif – et enfin on est passé au suivi du mélange des effluents.

    Une base de données fiable

    Cette dernière étape a permis de définir une base de données mutualisée contenant 40.000 résultats d’analyses. Les indicateurs visés étant, bien sûr « les indicateurs classiques surveillés pour une station d’épuration, les micropolluants (médicaments, détergents, métaux), la microbiologie [plus] un panel des bio-essais (écotoxicité aiguë et chronique et mesure des perturbateurs endocriniens).
    Focus sur les effluents hospitaliers
    On a sélectionné les médicaments suivant quatre critères :
    • leur consommation en milieu hospitalier et domestique,
    • leur risque potentiel en termes de bioaccumulation
    • leurs effets toxiques
    • les possibilités analytiques des laboratoires ».

    On a ainsi pu suivre l’itinéraire d’une quinzaine de médicaments:
    • des analgésiques,
    • des anti-inflammatoires,
    • des bétabloquants,
    • des antibiotiques
    • des anticonvulsants,
    • auxquels s’ajoutent une quinzaine de détergents.

    Pour la simple raison que si la spécificité de l’effluent hospitalier est sa concentration en antibiotiques qui est plus élevée que pour des effluents classiques, cette concentration est encore plus grande en matière de détergents. D’ailleurs, il contient 1.000 fois plus de détergents que de médicaments, révèlent les observations de l’Institut des sciences analytiques de Lyon.
    À ne pas oublier non plus les bactéries potentiellement plus antibiorésistantes et à l’écotoxicité plus importante, et enfin la présence de perturbateurs endocriniens.

    Ainsi constate-t-on que sur le site de Bellecombe, le débit des eaux usées domestiques est plus important que celui des rejets hospitaliers. Ce qui fait que la majorité du flux de résidus médicamenteux et de détergents provient des apports domestiques, si on excepte deux antibiotiques spécifiques aux traitements en milieu hospitalier: la ciprofloxacine et la vancomycine.

    Le traitement séparatif est-il efficace ?

    On a pu constater une forte diminution de la toxicité, de l’antiobiorésistance et des charges pour la majorité des micropolluants testés, à côté de teneurs significatives (notamment en paracétamol) encore rejetées dans la rivière du fait de de leurs concentrations élevées.
    Les propriétés constitutives d’autres produits comme l’anti-inflammatoire diclofénac, les rendent réfractaire au traitement. Et l’on constate encore des effets perturbants sur la faune aquatique.

    Bref, le traitement adopté est efficace mais n’élimine pas tous les polluants. Les gains obtenus pour les deux filières (hôpital, domestique) sont très variables selon les composés.

    On obtient une forte diminution avec le paracétamol, l’acide salicylique et l’ibuprofène, mais d’autres molécules résistent comme le diclofénac, le propanolol, la carbamazépine et les antibiotiques ciproflloxacine et sulfaméthoxazole.
    La filière hôpital paraît plus efficace à cause d’un temps de séjour plus élevé en station d’épuration alors que les boues de bassin de la filière hospitalière ont tendance à « s’enrichir en gènes d’antibiorésistance ».

    Et le mélange ?

    Les résultats ont fait apparaître que le traitement séparé des effluents hospitaliers n’est pas pertinent. Si bien qu’on se dirige vers une modification de l’arrêté préfectoral pour revenir au mélange des deux types d’effluents. On peut envisager un traitement complémentaire par ozonation des micropolluants efficace sur le mélange mais il entraîne un surcoût considérable.

    Conclusion

    En conclusion, il faut rester vigilant même si les boues sont conformes à la réglementation en vigueur, notamment sur les points concernant les paramètres non réglementaires tels que les résidus médicamenteux, les détergents, les gènes d’antiobiorésistance.

    L’étude sur ces paramètres spécifiques sera donc poursuivie afin d’aboutir à des préconisations en termes de traitements et de gestion de ces boues (rapport de synthèse).

    Ce qui conduit le consortium à conclure : Les résultats ont démontré que l’implantation d’une station d’épuration sur un site hospitalier n’est pas la solution appropriée.

    La question de l’impact de ces effluents doit donc être abordée par les établissements de façon globale [et prendre en compte] l’ensemble de leurs activités et des rejets potentiels: services médicaux, tour aéro-réfrigérante, blanchisserie, laboratoires, etc. afin de préconiser les pratiques, prétraitements et suivis nécessaires ».

    Rappelons que l’Anses en 2014 a publié les estimations suivantes sur les médicaments consommés en France :
    • 2.800 substances actives
    • 11.000 médicaments
    • 48 boîtes/an consommées par Français annuellement
    • 53% des quantités vendues sont à prescription obligatoire

    A noter le projet de recherche original de la station d’épuration Notre-Dame Hermalle en Wallonie projet auquel participera le CHC et dénommé Medix. Cette mini-station d’épuration étant destinée au traitement des eaux usées des hôpitaux et des entreprises pharmaceutiques, sera testée en situation réelle attaquera le problème des effluents par un autre mode de traitement : l’utilisation de bactéries. Les responsables sont tout à fait conscients de l’enjeu quand ils déclarent :

    « Le but est de montrer que l’on peut aller plus loin dans le traitement des eaux usées des hôpitaux sans être énergivore « 

    Autres références :
    Pollution aux medicaments 
    Hopital que fais-tu de tes eaux ?

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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