Europe et perfluorés

    Europe et perfluorés

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    Les perfluorés (PFAS) : une menace silencieuse pour les Européens

    Une menace parce que l’exposition de la population européenne excède largement le seuil fixé par l’agence de sécurité des aliments.

    De quoi s’agit-il ?

    Nous ne les connaissons pas, ne soupçonnons pas leur présence inquiétante, mais les composés fluoroalkyliques (dits PFAS, pour « substances per- et polyfluoroalkyliques ») sont là et posent des risques sanitaires pour les populations européennes. C’est ce dont nous informe l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l’agence chargée d’évaluer les substances entrant dans la chaîne alimentaire. A la lumière des données les plus récentes, celle-ci a réévalué le seuil d’exposition acceptable aux quatre PFAS les plus courants (PFOA, PFOS, PFNA et PFHxS). La limite d’exposition a été fixée à 0,63 milliardième de gramme par kilo de poids corporel et par jour (ng/kg/j).

    Pourquoi un seuil si bas ? Parce que  ces perturbateurs endocriniens sont suspectés de produire des effets nocifs à des niveaux d’exposition très faibles. Or il a été établi qu’une large part de la population d’Europe – notamment les enfants – est exposée  à ces substances à un taux qui excède souvent très largement, ce seuil de référence. Une situation jugée « inquiétante » par l’agence, qui a le sens de la litote, alors même que l’EFSA a dû diviser le seuil d’exposition tolérable aux PFAS par plus de 2500 par rapport à ses anciennes estimations,  pour tenir compte de nouvelles études, toujours plus préoccupantes.

    Que sont les PFAS ?

    Un groupe de substances de synthèse aux propriétés physico-chimiques particulières : imperméabilisation, isolation électrique, etc.). On les utilise depuis des décennies dans certains secteurs industriels : revêtements antiadhérents ustensiles de cuisine, matériaux d’emballage des aliments, textiles, automobile, électronique, mousses anti-incendie, etc. De quoi faire, comme on le voit…

    Or ces substances ont désormais envahi l’environnement par toutes sortes de canaux : rejets industriels, ruissellement de décharges entraînant pollution des sols et des nappes phréatiques. On les retrouve, stockées et persistantes, dans la chaîne alimentaire, c’est à dire dans votre assiette et la mienne – et, tout logiquement, dans nos organismes. Où, tout aussi logiquement, elles s’accumulent en raison de leur forte persistance.

    Et cet état de chose alarmant et inacceptable, touche toute la population occidentale à des degrés divers.

    Les enfants : cible N° 1 des PFAS

    Cela se comprend quand on sait que l’eau potable, le poisson, les fruits, les œufs ou les produits à base d’œuf qui constituent une bonne part de leur alimentation, en sont les vecteurs principaux, même si les aliments les plus fortement contaminés sont la viande de gibier et certains produits de la mer.

    L’agence européenne précise que les enfants sont le groupe de population le plus exposé, et l’exposition pendant la grossesse et l’allaitement est le principal contributeur à l’apport en PFAS chez les nourrissons.

    Les niveaux d’exposition pour les adolescents, adultes et personnes âgées, sont environ deux fois inférieurs mais soulèvent néanmoins aussi une inquiétude sanitaire. A noter que ces estimations se limitent aux aliments bruts et ne tiennent pas compte d’autres sources d’exposition – matériaux au contact des aliments, contamination de l’air intérieur, etc.

    Quels sont les effets de l’exposition aux PFAS ?

    Ils sont très divers. Aux plus faibles niveaux d’exposition ils ont un effet immunitaire (une réponse vaccinale atténuée) chez les enfants exposés. Plusieurs études épidémiologiques associent l’exposition aux PFAS et l’élévation du taux de cholestérol, le diabète et l’obésité, des troubles hépatiques, un faible poids à la naissance pour les bébés exposés in utero, ou encore une réduction des hormones thyroïdiennes.
    Quand on sait qu’il y a plus de 4 000 produits dans la famille des PFAS, on comprend qu’il y a un sacré travail à accomplir pour nous en protéger et une non moins sacrée inquiétude à nous faire en attendant que ce soit fait.  Notamment pour nos enfants.

    Le directeur de l’Anses déclare d’ailleurs : Il existe plus de 4 000 produits dans cette famille et les plus problématiques sont déjà soumis à des restrictions dans le cadre de la directive européenne sur les produits chimiquesD’autres sont inscrits dans la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants […] Plusieurs agences sanitaires européennes travaillent à trouver un cadre réglementaire susceptible d’encadrer ces produits en procédant par groupe de substances en particulier compte tenu de leur persistance dans l’environnement ».
    En attendant nous dégustons.

    Historique

    Les PFAS sont utilisés depuis les années 1950 dans la fabrication du téflon (le célèbre revêtement de poêles antiadhésif) par le géant de la chimie DuPont, et ont été ignorés des pouvoirs publics jusque dans les années 1990. Mais grâce à l’action en justice d’un groupe de riverains américains, contaminés par les effluents d’une usine du groupe de chimie DuPont, leur nocivité a été mise en lumière en 1998. Ce qui causa un scandale de grande ampleur car le procès qui fut alors engagé contre la firme montra que DuPont connaissait depuis des décennies les risques sanitaires présentés par les PFAS mais a continué à produire ces substances, tout en dissimulant leurs dangers.

    C’est une histoire dont vous pourrez découvrir toutes les péripéties en allant voir le dernier film de Todd Haynes, Dark Waters. Vous pourrez y apprécier tout particulièrement, le travail de l’avocat à l’origine de l’affaire, Robert Bilott.

     

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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