« Il n’y a qu’une seule terre. On ne vit qu’une seule fois »…mais c’était en 1972…

    ARNon, ce n’est pas le titre d’un nouveau James Bond, c’est une affirmation d’Antoine Riboud (PDG de Danone) aux Assises Nationales du CNPF le 25.12.1972 à Marseille, relevée dans le discours qu’il avait prononcé sur le thème de « Croissance et qualité de vie ».
    Discours que nous remet en mémoire Rémi Raher dans son ouvrage « Discours du Manager » aux éditions StudyRama-Pro. Pourquoi avoir retenu ce discours plutôt qu’un autre parmi les innombrables discours de patrons français ? Parce-qu’il porte des « valeurs » affirme Rémi Raher.
    Le propos du livre (sur la technique du discours) ne nous intéresse pas ici. En revanche, certaines des « valeurs » prônées par Antoine Riboud il y a plus de 42 ans, nous paraissent devoir être rappelées pour notre temps.
    Nous voulons les résumer pour vous ici. Vous trouverez l’intégralité du discours en « fichier joint ». Nous ne saurions trop vous conseiller de vous y reporter.
    Pour assurer la croissance et la qualité de vie, il faut :
    • Se fixer des objectifs humains et sociaux. C’est à dire :
    – s’efforcer de réduire les inégalités excessives en matière de conditions de vie et de travail
    – s’efforcer de répondre aux aspirations profondes de l’Homme et trouver les valeurs qui amélioreront la qualité de sa vie en disciplinant la croissance. Puis appliquer ces valeurs dans la vie collective et dans la vie de l’entreprise.
    Avoir, être, pouvoir
    • Production
    Production et consommation sont des valeurs insuffisantes : et même l’abus de biens de consommation finit par aliéner la personnalité. L’homme instruit et informé de nos sociétés modernes ne peut plus « admettre de se voir refuser le libre choix de son destin, pour obéir à une société industrielle complètement anonyme, dont les finalités lui échappent ».
    Il faut trouver des valeurs nouvelles recréant la qualité de la vie dans la réalité industrielle du monde actuel.
    • Avoir, c’est obtenir sa part des richesses que l’homme extirpe à la terre par la croissance
    • Etre, c’est avoir une place et comprendre son rôle dans la pyramide de l’entreprise.
    • Pouvoir, c’est pouvoir mettre sa propre créativité au service de son activité et pouvoir faire preuve d’initiative face à ses responsabilités.
    Ce qui se ramène à reconnaître trois valeurs : Solidarité, Responsabilité, Personnalisation.
    L’Efficacité devra alors intégrer les valeurs de l’ETRE et perdre la priorité qu’elle a connue ces 30 dernières années [Nous rappelons que le discours est de 1972 !].
    « Le nouveau défi de l’homme politique et de l’entrepreneur, c’est d’arriver à équilibrer, à intégrer quatre valeurs : la Solidarité, la Responsabilité, la Personnalisation, sans oublier au niveau des Moyens l’objectif souligné par Roger Garaudy : « les choses doivent se faire avec et par les hommes et non pour eux ».
    • Les responsabilités vis-à-vis de la collectivité
    L’Homme travaille huit heures de sa journée. La responsabilité de l’entreprise ne s’arrête pas au seuil des usines ou des bureaux. Son action se fait sentir dans la collectivité toute entière et influe sur la qualité de la vie de chaque citoyen. Notre collaboration avec les interlocuteurs[représentants des citoyens] doit s’établir en deux phases :
    • D’abord, écouter et informer.
    • Ensuite, négocier et planifier avec les groupes de pression, avec les collectivités locales, avec les pouvoirs publics.

    • Le changement dans l’entreprise.

    D’abord les revendications d’AVOIR.
    C’est-à-dire essentiellement des revendications sur les salaires. Il faut tenir compte du DIVORCE entre l’Homme PRODUCTEUR (l’Homme à son travail) et l’Homme CONSOMMATEUR (l’Homme chez lui).
    – Dans la première situation, on trouve : rigueur, automatisme, obéissance et insécurité.
    – Dans la seconde situation, on découvre : libération, fantaisie, loisirs, voyages, etc.
    « Quel écart entre les données ECONOMIQUES qui freinent les augmentations de salaires et les arguments PUBLICITAIRES qui poussent à la consommation ! Ne faut-il pas être un héros pour comprendre ? »
    Ensuite les revendications d’ETRE.
    C’est mettre en place les valeurs de solidarité, de responsabilité, de personnalisation. Comment s’y prendre ? Voilà le problème.
    L’Efficacité s’est établie sur :
    – les techniques modernes de gestion : découvrir les forces et les faiblesses d’un produit ou d’un marché et de déterminer une action.
    – la planification stratégique à long terme, s’appuyant sur une budgétisation à court terme pour évoluer vers des objectifs complexes et de faire face au bouleversement technologique.
    – la gestion par objectifs économiques permet de coordonner en un projet unique des efforts individuels très nombreux et parfois même divergents.
    Il faut utiliser les mêmes méthodes pour résoudre les revendications de l’ETRE.
    En élaborant une sorte de Plan Social et Humain à 5 ans ayant pour objet de fixer les objectifs d’ETRE, à l’exclusion des revendications d’Avoir (salaires) ; avec volets opérationnels constituant une forme de contrat social pour l’entreprise. Seront pris en compte les aspirations de la base, de l’atelier, de la maîtrise, des cadres, avec l’aide de tous les groupes professionnels existants : syndicats, comités d’entreprise, la médecine du travail, etc…
    « Le Plan Humain et Social couvrira non seulement les modifications de structures, les mécanismes de prises de décisions, mais encore les changements souhaitables d’attitudes ».
    • Comment établir ce Plan.
    Dresser un inventaire des problèmes, atelier par atelier, faire participer chaque groupe à cet inventaire.
    L’inventaire doit amener la prise de conscience par toute l’entreprise du problème humain.
    Redécouvrir que la personnalisation joue un rôle essentiel dans les relations d’autorité : connaître le chef et être connu de lui.
    Pas de bonnes paroles, mais des faits remise en question des programmes d’actions, des méthodes, des habitudes, des structures. Planification des réformes plus profondes.
    Quelles sont les réformes prioritaires ?
    1. Améliorer les rapports entre les hommes
    2. Augmenter la sécurité de l’emploi
    3. Favoriser l’information
    4. Développer l’enrichissement du travail.
    5. Hygiène, sécurité et pollution à l’intérieur des usines : luttes contre le bruit, la chaleur, la poussière, etc …
    • Utopie ou idées superficielles ?
    Peu importe la vision qu’on a des choses :
    « L’important est de mettre l’industrie au service des hommes, réconcilier l’industrie et l’Homme. De toute évidence, l’Homme a mis son génie créateur au service de la croissance mais il doit veiller à ne pas créer un déséquilibre entre les moyens et les buts. Bien sûr, c’est difficile, mais pas impossible. J’ai la conviction profonde que l’on peut être efficace et humain à condition, comme l’écrit le poète René Char, de « prévoir en stratège et d’agir en primitif ». Conduisons nos entreprises autant avec le coeur qu’avec la tête, et n’oublions pas que si les ressources d’énergie de la terre ont des limites, celles de l’Homme sont infinies s’il se sent motivé ».
    Voilà un discours dont nos responsables, économiques et politiques, actuels devraient peut-être s’inspirer en ces temps de grande crispation sociale.

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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