LA BATAILLE DE L’EAU, ENJEU MAJEUR POUR LA SURVIE DE L’HUMANITE.

    LA BATAILLE DE L'EAU, ENJEU MAJEUR POUR LA SURVIE DE L’HUMANITE.

    La situation

    Savez-vous combien de substances organiques et inorganiques ont été répertoriées au Registre de la Société américaine de chimie ?
    Plus de soixante millions !

    Si encore on pouvait considérer que nous allons nous en ternir là…

    Mais non : pas moins de 12000 tonnes de nouveaux produits chimiques arrivent tous les jours sur le marché !

    Plus de 49 millions de produits chimiques sont commercialisés dont on considère que moins de 1% sont inventoriés et/ou soumis à un quelconque règlement.

    Véritable cauchemar puisque la durée de vie de ces produits dépasse très largement l’usage qui en est fait.

    La plupart pénètre le sol, l’air, les rivières et la mer. Cerise sur le gâteau : ceux de ces produits qu’on considérait comme inoffensifs, en fait, sont contaminants, comme par exemple les produits pharmaceutiques désormais présents dans l’ensemble de l’environnement : terre et eaux.

    On moque ces arriérés d’alchimistes médiévaux qui s’évertuaient à changer le plomb en or, mais on s’émerveille des « progrès » de l’industrie chimique qui a pris son essor avec les « Lumières » et Lavoisier… alors qu’elle est systématiquement en train d’empoisonner la planète, à tel point qu’on peut se demander si, à terme, celle-ci pourra encore accueillir et protéger la vie.

    En effet, écosystèmes et êtres humains sont exposés en permanence à ces poisons discrets mais actifs. Or, personne n’est encore en mesure de nous dire quelle ampleur et quelle menace réelle ces substances chimiques lâchées dans la nature, pratiquement sans contrôle, fait peser sur eux. Dans le présent et à terme.

    Une funeste évolution

    Comment en est-on arrivé là ?

    Tout simple.

    La chimie d’origine, celle qu’on peut appeler « lourde », a peu à peu abandonné les processus sur lesquelles elle s’était constituée et a laissé sa vocation première derrière elle pour s’intéresser à la chimie organique (sans doute plus rentable). Celle-ci a alors peu à peu abandonné à son tour les substances qu’elle utilisait à partir des organismes vivants et s’est lancée dans la production de substances de synthèse et artificielles, d’où son nés les matières plastiques et les médicaments.

    Une victoire à la Pyrrhus

    Certes ce dévoiement a permis de lutter contre certaines maladies et, en apparence, de faciliter notre vie quotidienne : il n’est qu’à voir la place que le plastique occupe dans nos intérieurs, nos bureaux, nos ateliers et usines et dans notre environnement. Mais, parallèlement, les technologies issues de ce dévoiement de la chimie première et les innombrables composés chimiques qu’elle met en œuvre, ont envahi non seulement tout l’espace économique mais, on peut le dire, tout notre espace vital.

    Nous en sommes les prisonniers dans tous les aspects de nos activités et, déjà, nous en sommes les victimes du fait de ce lent et insidieux empoisonnement généralisé dénoncé plus haut.

    L’homme post-moderne croit pouvoir décider de tout et dominer les lois naturelles, dont celles qui doivent orienter et limiter nos légitimes aspirations à un certain mieux-être. Ces lois naturelles lui reviennent alors en pleine face sous la forme des catastrophes que son activité prométhéenne a déclenchées. Comme l’élastique du capitaine Haddock. Mais en plus dangereux.

    Quels sont ces contaminants chimiques qui nous menacent ?

    D’abord tous ceux auxquels nous avons affaire dans la vie quotidienne : produits pharmaceutiques, produits (dits de) soins corporels, pesticides, produits chimiques industriels et domestiques, métaux, surfactants[1], et solvants, pour les plus courants. Or, la plupart sont toxiques pour les êtres humains et pour les espèces animales aquatiques.

    [1] Les surfactants sont des substances qui modifient la solubilité des produits dans l’eau ou l’huile, ils la développent ou la réduisent, selon les besoins. On les trouve dans les détergents, les insecticides, les laxatifs, les peintures, les champoings, les spermicides, les dentifrices … liste non exhaustive.

    • Perturbateurs endocriniens

    A souligner, dans ce tableau morbide, les méfaits des perturbateurs endocriniens.

    Ceux-ci dérèglent le système endocrinien (hormonal) tant chez les humains que chez les animaux, du fait qu’ils contiennent divers composants synthétiques utilisés comme ingrédients actifs dans les médicaments, mais aussi des hormones présentes dans les organismes tels que les phytoestrogènes (œstrogènes végétaux) et des mycoestrogènes (œstrogènes fongiques).

    • On retrouve leurs composés dans les pesticides, les produits chimiques industriels et les métaux lourds.
    • Mais aussi dans certains médicaments tels que les phytoestrogènes : traitement de certains cancers, des maladies cardiovasculaires et neurologiques, de l’ostéoporose chez les femmes ménopausées.
    • Et encore dans les produits pharmaceutiques et de soins corporels : cosmétiques, shampoings et savons.
    • Où les trouve-t-on ?

    Si bien qu’on a pu déceler une floraison de produits prescrits aux hommes et aux animaux aux fins de traitement et de diagnostic, dans les eaux usées et les rivières. Notamment : les antalgiques, la caféine, les antibiotiques, les médicaments contre le cholestérol et les antidépresseurs. Or, ils représentent tous à des titres divers un danger pour la santé humaine et les écosystèmes : pesticides, solvants, polychlorures de vinyle (PVC), biphényls polychlorés (BPC), dioxines ainsi que deux pesticides (pourtant interdits) chlordane et dichlorodiphenyltrichloroethane (DDT).

    Un mention particulière pour le PVC qui, bien que toxique,  envahit tout du fait :

    • de sa solidité: fabrication des portes et fenêtres et autres structures
    • de sa souplesse: fabrication de vêtements, bateaux pneumatiques, tissus d’ameublement etc.

    On pourrait ajouter la persévérance aux qualités constitutives des produits listés ci-dessus, car même après leur interdiction les résidus de BPC, du DDT et autres contaminants, restent présents dans l’environnement.

    De l’eau à l’assiette.

    Ces contaminants sont présents, dans des proportions variables, dans les eaux municipales traitées et non traitées, les effluents industriels et dans le ruissellement agricole, qui s’infiltrent dans les rivières, les lacs et les eaux côtières.

    Les eaux non traitées sont l’une des principales sources de produits pharmaceutiques et de perturbateurs endocriniens dans les eaux de surface et les eaux souterraines.

    A partir de là, on peut deviner le circuit emprunté par ces eaux polluées : d’abord dans l’irrigation des cultures en cas de pénurie d’eau et, partant, dans les produits arrosés ; ensuite dans l’eau dite potable elle-même du fait que l’assainissement n’est pas conçu pour les éliminer systématiquement.

    Il n’y a qu’une petite étape à franchir pour retrouver ces contaminants dans nos assiettes. En particulier dans les fruits de mer et les poissons dans le tissu adipeux desquels ils ont le temps de s’accumuler du fait de leur persistance et de leur solubilité. C’est pourquoi il ne faut pas être surpris par le fait que des chercheurs ont trouvé des substances toxiques persistantes et des métaux lourds comme le plomb, dans des poissons et des fruits de mer provenant de lacs et de zones côtières du monde entier, comme les poissons et les moules de la Baltique, les eaux d’Asie du Sud-est et les Grands lacs situés entre les États-Unis et le Canada.

    Quelles conséquences pour notre santé humaine et celle de l’écosystème ?

    Celles qui ont été mises en lumière par les travaux scientifiques citons brièvement les possibilités de :

    • tumeurs cancéreuses, malformations de naissance, troubles du développement,
    • soupçons comme cause d’infertilité
    • dérèglements du développement sexuel avec féminisation des mâles et masculinisation des femelles chez les animaux comme chez les humains (à croire que ces perturbateurs ont adopté les fumeuses théories du « genre »).

    Si bien que l’OMS (largement financée par Bill Gates, faut-il le rappeler) soupçonne ces perturbateurs endocriniens d’être à l’origine de la chute du taux de fertilité masculine en raison d’une diminution de la numération du sperme humain chez de nombreuses populations.

    On a pu, d’autre part, observer des changements dans la répartition des sexes de certaines espèces de perches dans les rivières européennes : les poissons mâles en aval de stations d’épuration produisant des protéines femelles d’œufs dans des rivières du Royaume-Uni.

    Qu’est-ce qui explique un tel état de fait ?

      • D’abord le fait que les contaminants émergents ne sont pas considérés comme des polluants d’intérêt prioritaire et sont donc ignorés dans les directives sur l’eau et l’environnement.
      • D’où il découle qu’ils sont exclus de la liste de surveillance continue des eaux usées et des eaux potables
      • D’autant plus que, la surveillance et les normes de qualité de l’eau se limitent à une poignée de paramètres physiques et chimiques tels que le pH, la température et la turbidité ainsi qu’aux principales « bactéries indicatives » : coliformes totaux, coliformes fécaux, E. coli et les entérocoques.

      Bien que la technologie existe potentiellement, les paramètres temps et argent interviennent pour que soient négligés la surveillance et l’élimination de toute une gamme de ces composés complexes. L’actualisation de cette technologie exigerait des efforts que l’on ne semble pas prêt à consentir pour le moment.

    Que faire ?

    La solution relève avant tout du domaine politique et réglementaire :

    • Celle-ci devrait s’attaquer à la limitation du volume des produits chimiques polluant nos eaux.
    • Prévenir les risques de voir de nouvelles générations de produits pharmaceutiques aggraver le problème.

    Ce qui entraîne l’adoption d’une série de mesure tant du côté des fabricants que du côté des pouvoirs publics, dont les uns et les autres semblent disposés à se passer en s’abritant derrière les incertitudes scientifiques sur le sujet. Comme toujours il faudra attendre une catastrophe avérée pour qu’enfin le problème soit pris à  bras le corps.

    Et le problème est encore plus grave dans les pays en développement pour toutes sortes de raisons qu’il serait trop long d’énumérer ici, mais qui se devinent assez aisément.

    Voici néanmoins une liste de moyens d’action pratiques que les autorités publiques peuvent décider.

    Nous devons cette liste à l’article publié par Planète Info dont nous nous sommes inspirés pour la présente note :

    https://www.notre-planete.info/environnement/eau/eau_contamination.php

    • Sensibiliser les consommateurs quant aux risques pour la santé et l’environnement liés à l’abus de médicaments délivrés sans ordonnance, en cas de troubles mineurs et passagers.
    • Prendre des dispositions pour que les pharmaciens délivrent la quantité de médicaments correspondant à la durée du traitement prescrit et non aux dimensions d’un conditionnement standard.
    • Créer dans les pharmacies des points de dépôt des médicaments non utilisés et périmés afin d’encourager les consommateurs à les rapporter pour recyclage.
    • Encourager l’utilisation généralisée de points de dépôt de piles, d’appareils électriques et autres objets en fin d’usage, à l’image de ce qui existe dans les pays développés.
    • Promouvoir, dans la mesure du possible, le recours à des remèdes traditionnels et familiaux en tant qu’alternatives à des médicaments délivrés sans ordonnance et auto-prescrits, en cas de troubles mineurs.
    • Mettre à la disposition des ménages des poubelles municipales distinctes pour les différents types de déchets afin de faciliter le recyclage du papier et du carton, du verre, des matières plastiques et du métal.

    Les consommateurs peuvent :

    • Emporter, pour faire leurs achats, un sac pliable et réutilisable afin d’éviter de rapporter chez eux des emballages à usage unique, en matière plastique, comme les sacs de supermarché et de boutiques.
    • Réutiliser et recycler les objets à la maison.
    • Rendre à la pharmacie locale, pour recyclage, les médicaments inutilisés et périmés.
    • Déposer dans des points de collecte les piles, appareils électriques et autres objets en fin de course.
    • Préférer les produits recyclés et étiquetés « écologiques » dans la mesure où ils existent et sont d’un prix abordable.
    • Séparer chez eux leurs déchets de papier et carton, de verre, de matière plastique et de métal en vue de la collecte sélective.

     

    Le lecteur sera peut-être surpris que nous reprenions des informations puisées dans des rapports qui datent de l’année 2012 !

    Il se demandera sans doute si nous ne retardons pas un peu chez PRIMUM-NON-NOCERE ?
    La réponse, pour surprenante qu’elle soit, est celle-ci : notre article correspond à la pleine actualité de 2022, car RIEN N’A CHANGE en 10 ans !

    Ou plutôt si : les choses ont changé… mais EN PIRE car aucune des actions préconisées dans ce rapport pour éviter l’empoisonnement progressif de nos eaux, n’a été entreprise. 

    Le temps n’est pas encore venu où nous pourrons bénéficier d’une eau enfin protégée de toute pollution chimique et médicamenteuse et ne présentant plus aucun danger pour notre santé comme pour l’écosystème en général.
    Nos enfants et les enfants de nos enfants le connaîtront-ils ? Rien n’est moins sûr.

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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