La pollution lumineuse c’est moins d’étoiles dans le ciel et moins de nuit sur terre.

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    Cette affirmation s’appuie sur l’étude nationale menée par l’Institut Paris Région et qui montre que, dans les pays très urbanisés la nuit sur terre disparaît sous l’effet d’une lumière artificielle qui a augmenté de 94% en vingt ans (1922/2012).

    Inversement 76% des Français (82% en Ile de France) ne voient plus les étoiles dans le ciel, ou alors très partiellement : cette « obscure clarté des étoiles » qui, d’après Corneille, guidait Le Cid dans sa contre-attaque contre les Sarrasins, n’existe plus, et le pauvre Don Rodrigue aurait bien du mal aujourd’hui à trouver sa route en se fiant à elles.

    Mais comment s’étonner de cette inversion supplémentaire dans une société qui révère l’inversion plus que tout autre valeur ?

    Au-delà des considérations philosophiques et morales qu’on peut tirer de ces aberrations, il y en a de très pratiques. Et négatives.

    Les effets de cette pollution

    Cette enquête, en fait, ne fait que confirmer ceux qui, depuis longtemps, dénoncent la pollution lumineuse comme Claire Flin, de l’ANPCEN, l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturne. C’est grâce à cette association que nous savons que « de 1992 à 2012 la lumière émise de manière artificielle [a] augmenté de 94% ». Bien entendu ce sont d’abord et avant tout les zones urbaines qui sont aux avant-gardes de cette nuisance. En cause :  l’éclairage public qui s’étend du mouvement même de la périurbanisation des territoires et de l’étalement des villes.

    Nuisance, car on constate que l’horloge biologique qui conditionne la santé humaine, est modifiée par la perte de l’alternance jour nuit, ce qui entraîne

    • des perturbations sur le sommeil,
    • des perturbations métaboliques
    • et même un risque augmenté de cancer selon un rapport de l’Anses en 2019.

    Nuisance aussi pour les autres constituants du vivant : la faune et la flore

    Ce qui conduit un géographe de l’environnement, chercheur au CNRS à Toulouse à déclarer :  » on va perturber par exemple les comportements de déplacements, de reproduction, de chasse de nombreuses espèces. Les lumières artificielles peuvent fragmenter les habitats de ces espèces. On crée un effet d’insularisation et on fait donc diminuer la biodiversité des milieux.  »

    La solution d’après lui et selon de nombreux spécialistes ? Créer des trames noires[1].

    La réaction ne se fait pas attendre

    Elle commence même à s’organiser et à se développer puisque déjà 12.000 communes françaises[2] ont engagé des mesures de réduction de la pollution lumineuse

    Le but est de restituer une continuité à l’obscurité en agissant sur le même principe que celui adopté, avec les trames vertes et bleues. Celles-ci protègent la continuité écologique des espèces pendant la journée. Il faut, nous dit-on : créer de grands espaces qui sont des réservoirs d’obscurité avec des corridors sombres. Il faut concilier nos besoins humains de lumière artificielle avec nos besoins non humains et l’obscurité. Nous en sommes pleinement d’accord.

    La mise en pratique sur le terrain

    Ainsi assiste-t-on à des initiatives prises « sur le terrain » par des élus convaincus de l’importance du sujet. Ce qui fait que, certaines communes, appliquent depuis des années, une forme de « black-out » radical dans certains quartiers toutes les nuits.

    Ce sont des actions de bon sens et qui ne coûtent rien. Nancy s’est par exemple engagée à réduire les éclairages dans certains de ses quartiers » commente la responsable de l’ANPCEN.

    Il faut donc associer divers types d’éclairage avec divers réservoirs de lumière la nuit dans les centres-villes. Il faut ménager des réservoirs d’obscurité dans les quartiers résidentiels et des corridors ailleurs pour relier les lieux éclairés avec les espaces qui ne le sont pas.

    Nous conclurons en rappelant que, dans le domaine qui est le nôtre, le nouveau référentiel de la Haute Autorité de Santé, demande aux établissements de mettre en place un plan de réduction des impacts environnementaux ; notamment en matière de réduction des nuisances lumineuses.

    ————————————————————————————————————————-

    [1] Une trame noire désigne l’ensemble des corridors écologiques caractérisés par une certaine obscurité et empruntés par les espèces nocturnes.

    [2] Il y en avait 34 965 au 1er janvier 2021

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