Quand les ongles exposent les professionnels à la contamination chimique

    C’est l’Anses qui nous met en garde en fixant une série de recommandations qui doivent retenir l’attention de tous les acteurs touchant à la cosmétique des ongles.

     

    Ces conseils touchent à la prévention, à la protection mais aussi à la formation, toutes indispensables pour assurer la sécurité des professionnels qui ont à faire avec les produits cosmétiques et sont donc soumis à leur nocivité d’origine chimique.

    Historique

    Cette préoccupation remonte à 2009 où la DGS et l’ANSM se sont inquiétées du risque que l’utilisation du toluène, faisaient courir aux consommateurs des produits cosmétiques. Leur intérêt porta en particulier sur les vernis à ongles. Mais il passa à côté des risques concernant la santé des professionnels. Attitude d’autant plus étonnante que les dits professionnels sont au contact d’autres substances chimiques aussi dangereuses que le toluène.

    D’où la démarche de l’ANSM se tournant vers l’Anses afin de l’orienter vers les dangers que le soin et la décoration de l’ongle font courir aux professionnels.

    Populations

    Ainsi prothésistes ongulaires et esthéticien(ne)s sont aux premières loges d’une éventuelle contamination chimique du fait même qu’ils sont amenés à poser des vernis classiques ou semi-permanents, à pratiquer des soins manucures ou à poser des prothèses ongulaires à partir de techniques diverses : « gel », technique « résine », « stylisme ongulaire ».

    Ces professionnels sont essentiellement des professionnelles de tous âges, dont la majorité cependant ont entre 18 et 35 ans. Ce sont soient des salariées, soit des indépendantes. Elles interviennent soit en établissements spécialisés (rarement plus de 5 personnes) soit à domicile.

    Les substances nocives, les maladies

    L’étude entreprise a permis d’identifier environ 700 substances à l’œuvre soit dans la composition des produits soit dans l’air ambiant au travail.

    Sur ces 700 substances 60 ont été jugées « très préoccupantes de par leur classe de danger la plus élevée (classification cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction (CMR), sensibilisant et/ou inscrite sur une liste de perturbateurs endocriniens potentiels)« .

    Quant aux pathologies les plus fréquentes chez les professionnelles, on relève :

    • les affections cutanées, incluant principalement des dermatites allergiques de contact,
    • les affections des voies respiratoires et ORL, incluant principalement des asthmes,
    • les céphalées,
    • les troubles musculo-squelettiques, incluant principalement des troubles liés à des postures assises prolongées et fréquentes et à des mouvements répétitifs de la main, du poignet ou de l’avant-bras.

    Dans plus de 50% des cas, c’est l’exposition à la famille des (méth)acrylates, qui est à l’origine des troubles. Ils interviennent dans la fabrication des produits de façonnage de l’ongle artificiel (gel, résine) sous la forme de monomères (méth)acryliques sensibilisants, irritants voire neurotoxiques. On leur doit aussi la plupart des dermatites d’allergie de contact recensées chez ces professionnels. Ces (méth)acrylates peuvent aussi provoquer certains problèmes respiratoires, tels que des asthmes d’origine professionnelle.

    On a relevé aussi « la présence de composés organiques (semi) volatils (CO(s)V) dans l’air, dont certains sont des agents CMR et neurotoxiques. Jusqu’à 42 CO(s)V ont pu être identifiés dans un même local de travail« .

    Si on compare ces concentrations en CO(s)V à celles mesurées sur des sites industriels elles apparaissent relativement faibles, mais, comparées aux concentrations en COV totaux et en toluène mesurées dans les logements et dans l’air extérieur, elles sont fortes.

    Les professionnels ne sont pas au bout de leurs épreuves pour autant : il faut aussi compter avec les particules provenant d’opérations de ponçage de l’ongle et des résines. « La caractérisation fine de ces poussières, notamment chimique et granulométrique, est méconnue« . Ce qui n’implique pas qu’on doive la négliger.

    D’autant que l’étude a pu constater que les précautions élémentaires telles que ventilation générale, ventilation localisée (type table aspirante), port de gants et de masques de protection contre les poussières, sont négligées par ces professionnelles.

     Les recommandations de l’Anses

    Pour les professionnels de l’ongle:

    • renforcer les mesures de prévention du risque chimique pour limiter toute forme d’expositions
    • rechercher de produits de substitution, utiliser des tables aspirantes et porter des équipements de protection individuelle adaptés

     

    Pour les fabricants :

    • développer à court et moyen termes des produits débarrassés des agents chimiques dangereux : monomères (méth)acryliques polymérisables, toluène, acétaldéhyde,…
    • et, à défaut, développer des produits/techniques qui éviteraient toute obligation de contact pour le professionnel;

     

    Pour les pouvoirs publics :

    • s’assurer que l’évaluation des risques des professionnels soit :
      • réalisée par les metteurs sur le marché ;
      • systématiquement prise en compte dans le cadre des évaluations de la sécurité chimique des ingrédients cosmétiques réalisées par le comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (Scientific Committee on Consumer Safety ou SCCS).

    Enfin l’Agence conseille de mettre en place une formation diplômante obligatoire pour tous les professionnels de la pose de prothèses ongulaires. Formation qui inclurait un module sur la prévention des risques professionnels et les bonnes pratiques de travail.

     

    Voies de recherche,

    • approfondir la connaissance sur les effets des expositions aux particules inhalées lors des opérations de ponçage et de limage,
    • insister sur l’étude de la toxicité de ces particules en provenance des ongles artificiels à base de (méth)acrylates.
    • améliorer les connaissances sur « l’état de santé de cette population professionnelle et son évolution, concernant entre autres le risque de sensibilisation, de dermatites allergiques de contact, d’asthmes, d’issues indésirables en matière de reproduction et de développement, de pathologies neurologiques, de pathologies auto-immunes voire de cancers« .

     

    Nos observations

    Nous avons fait des mesures de COV dansde notre quartier comme nous l’avons fait dans des cabinets de podologues et les résultats sont très révélateurs :  plus de 20 000 microgrammes par M3 de COV, alors que nous ne devrions pas dépasser 300 microgrammes par M3 pour garantir la santé des occupants……

    Nous préconisons donc de protéger ces professionnels par une « surventilation adaptée » et la mise à disposition de produits garantis par une AMM (Autorisation de Mise sur le Marché).

     

    Olivier TOMA -PRIMUM-NON-NOCERE

     

    Ce contenu est réservé aux membres du site. Si vous avez déjà un compte, connectez-vous. Les nouveaux utilisateurs peuvent s'inscrire ci-dessous.

    Connexion pour les Utilisateurs enregistrés
       
    Nouvel Utilisateur
    *Champ requis

    Ads

    Vous pourriez aimer aussi

    Encore un peu de pesticides dans votre salade… ?

    Une enquête EXPPERT (EXposition aux Pesticides PERTurbateurs endocriniens) conduite par « Générations Futures » ...

    Le retour des DEHP dans nos Dispositifs Médicaux ?

    Une instruction du Ministère de la Santé en date du 17 juillet, relative à ...