La recherche universitaire et l’hôpital s’ouvrent – enfin – aux médecines complémentaires.

    La recherche universitaire et l'hôpital s'ouvrent – enfin – aux médecines complémentaires.Une initiative à suivre

    Tout finit par arriver et le bon sens par prévaloir (comme le pensait Descartes).

    Il y a des décennies que le « grand public » reconnaît les bienfaits de ces médecines traditionnelles et y fait largement appel : 30 à 50% de patients souffrant de maladies graves, y font appel soit dans l’espoir d’une guérison soit pour être soulagés, confirme le Pr Jean-Yves Fagon. Jusqu’alors, la médecine « officielle », enfermée dans ses certitudes scientistes, ignorait officiellement cette situation.

    Mais le mouvement est devenu tel que la santé publique ne pouvait rester indifférente. D’autant que ces thérapies, fort peu onéreuses, sont les bienvenues en un temps de lourd endettement du secteur de la santé en France.

    Ainsi apprend-on que le comité d’orientation pluridisciplinaire des hôpitaux de l’Assistance Publique de Paris qui avait décidé d’accueillir les médecines « complémentaires » (tenues à l’écart jusqu’alors) dans le cadre de son plan stratégique 2010-2014, a engagé une réflexion sur la pratique de ces médecines à l’hôpital et a réalisé un état des lieux débouchant sur des recommandations qui viennent d’être présentées en commission médical d’établissement dans une démarche qui « inscrit pleinement l’AP-HP dans ses missions de service public de centre hospitalo-universitaire au services des patients » (Mireille Faugère, directrice générale, dixit)

    L’acupuncture, l’ostéopathie ou l’hypnose (les plus courantes) soulagent nombre de nos concitoyens dans le cadre de la médecine de ville. L’AP-HP a décidé de ne plus être en reste et c’est heureux. D’où cet état des lieux concernant l’offre de soins complémentaires dans ses établissements.

    Celui-ci a permis d’identifier une quinzaine de traitements complémentaires, susceptibles d’être pratiqués dans tous les hôpitaux, et plus particulièrement dans les centres antidouleur, les centres de soins palliatifs, en gynécologie-obstétrique, pédiatrie, gériatrie, oncologie, addictologie.

    Soit en consultations externes soit en hospitalisation.

    Vers la professionnalisation.

    Une mention particulière à la médecine chinoise traditionnelle :  acupuncture, massages thérapeutiques, pratiques psychocorporelles comme le tai-chi ou le qi gong.

    Ces techniques sont déjà utilisées dans de nombreux hôpitaux et centres hospitalo-universitaires. Ainsi, le groupe de La Pitié-Salpêtrière a-t-il mis en place

    –          un centre intégré de médecine chinoise

    –          des cours de qi gong dans le service qui traite les patients en surcharge pondérale

    –          des massages thérapeutiques de type shiatsu dans le service d’ORL.

    Quant à l’acupuncture, elle est proposée depuis des années dans les maternités strasbourgeoises.

    Du côté de la recherche clinique il est nécessaire de développer les choses. L’AP-HP a donc mis en place plusieurs projets : deux sur l’acupuncture, deux sur l’hypnose, trois sur l’ostéopathie, un sur le toucher relationnel.

    Un problème demeure dans notre pays – tellement attentifs aux diplômes – concernant la pratique de ces médecines : n’employer que des professionnels de santé dûment diplômés dans leur spécialité et agréés par un comité hospitalo-universitaire, dans des indications valides et dans le cadre de la recherche clinique.

    Cela se comprend. D’ailleurs la FFMATA (Fédération Française Médicale d’Acupuncture et des Thérapies Associées) est d’accord ! Bien décidée à secouer « l’immobilisme de l’Etat sur l’exercice des ces pratiques par des non-professionnels de santé« . Elle rappelle qu’environ 10.000 médecins, pharmaciens, sages-femmes, kinésithérapeutes, chirurgiens-dentistes et vétérinaires pratiquent l’acupuncture, le massage Tui Na, le qi gong et l’auriculothérapie, à temps plein ou à temps partiel.

    Plus que celui du charlatanisme, le problème est celui de la prescription utile car, avertit le Pr Fagon « L’acupuncture est efficace peut-être sur les douleurs lombaires, et l’hypnose pour l’anesthésie, mais tout ne peut pas être efficace sur tout« , Il va donc falloir encadrer la pratique des médecines complémentaires par un Comité Hospitalo-Universitaire (CHUMC) qui sera responsable « de l’organisation de la recherche, de l’agrément interne des diplômes ainsi que de l’organisation et du suivi de l’activité de soins« . Il devra aussi proposer  » un projet d’offre de soins en médecines complémentaires pour le personnel hospitalier » et construire une méthodologie sur des matières qui, pour le moment, sont peu connues du monde hospitalier.

    D’autant que les études menées jusqu’à présent n’auraient pas déterminé des résultats « clairs » quant à leur efficacité, d’où les oppositions rencontrées qui usent d’arguments du genre « inutile de rappeler que la médecine chinoise traditionnelle se fonde sur des principes élaborés il y a plusieurs milliers d’années, à une époque où les connaissances sur le fonctionnement du corps humain étaient pratiquement inexistantes, et que ces principes n’ont jamais pu être vérifiés« .

    Quoiqu’il en soit,  nous considérons comme une grande avancée dans la voie du bon sens que l’APHP se lance dans ce travail de recherche et d’évaluation. Nous l’appelions déjà de nos voeux il y a une dizaine d’année, lorsque nous démarrions l’hypnose Ericksonienne dans nos blocs opératoires grâce à la bonne volonté d’une équipe de chirurgiens, d’anesthésistes et d’infirmières formés à des médecines complémentaires moins invasives et moins polluantes, et parfaitement motivés.

    Coupler harmonieusement la médecine traditionnelle et les médecines dites « complémentaires » (non moins traditionnelles d’ailleurs) aux fins d’une expérimentation rigoureuse dans un hôpital reconnu représente la seule façon d’aboutir à une évaluation objective, professionnelle, affranchie de toute forme de militantisme abusif.

    Nous suivrons ces travaux avec beaucoup d’intérêt.

    Olivier TOMA – Primum-Non-Nocere

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    • Après avoir dirigé plusieurs établissements de santé, il crée en 2005 le Comité de Développement Durable en Santé (C2DS). En 2009, il fonde l’agence de conseil Primum Non Nocere©, qui accompagne les établissements sanitaires et médico-sociaux dans la mise en d'une démarche de développement durable. Auteur de deux ouvrages : "Le développement durable et solidaire en santé" et "Hippocrate, au secours", il est également un artiste-peintre confirmé, avec plus de 600 œuvres à son actif exposées de Paris à New-York. Mais Olivier Toma, c'est avant tout le pionnier du développement durable en santé. Voilà près de 20 ans qu'il œuvre pour impulser une dynamique de développement durable dans les structures sanitaires et médico-sociales. Il est d'ailleurs à l'origine de la première éco-clinique de France respectant le label HQE, et a également créé le diplôme universitaire «Droit et gestion du développement durable en santé», à l’université de Montpellier. Engagé et passionné, il est force de propositions, d'idées et d'outils concrets mais il est surtout porteur d'une volonté farouche de créer un futur aux établissements sanitaires et médico-sociaux dans le respect du développement durable : " Imaginons un centre de lutte contre le cancer construit avec des matériaux non cancérigènes, une maison de retraite nettoyée à l’aide de produits moins nocifs pour les résidents qui les inhalent et les professionnels qui les manipulent, qui saurait trier et recycler ses déchets, évacuer de façon saine tous ses effluents, recycler les quantités colossales d’eau qu’elle consomme. Imaginons une clinique conçue en harmonie avec son environnement et fonctionnant avec des énergies vertes, ou encore un hôpital n’utilisant que des dispositifs médicaux exempts de toute toxicité, qui ne se contenterait plus d’une approche curative mais s’appliquerait à rendre ses patients acteurs de leur propre santé au travers d’actions d'éducation et de prévention,...'' Riche de convictions, Olivier Toma a l'art de convaincre et transmettre cette envie d’agir dans un seul objectif : faire avancer les hommes vers un monde meilleur et durable.

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