L’AEE dénonce la pollution chimique dans les eaux européennes !!!

    L'AEE dénonce la pollution chimique dans les eaux européennes !!!Les produits chimiques sont aujourd’hui omniprésents dans l’environnement, et n’épargnent pas les eaux douces et marines d’Europe, qu’il empoisonnent progressivement..

     Le rapport publié par l’Agence européenne de l’environnement (AEE) dénonce à nouveau les dangers posés par les métaux lourds, pesticides, médicaments, phénols, phtalates et les perturbateurs endocriniens, dans les eaux européennes…

    Le Joint research center de la Commission européenne a traqué 60 substances dans 122 rivières et 164 points d’eau souterraine. Les résultats se passent de commentaires : 60% des rivières analysées et 25% des eaux souterraines cumulent un cocktail de toutes ces substances.

    Environ le tiers de nos nappes phréatiques contient un pesticide dépassant la norme européenne de 0.1 nanogramme par litre. Dans nos rivières ce n’est pas mieux : en tête des substances toxiques : « un tensio-actif (acide nonylphenoxyacetic), un anti-corrosif (benzotriazole) et un antiépileptique (carbamazepine), tandis qu’un antalgique (ibuprofen), un antibiotique (sulfamethoxazole) et un herbicide (isoproturon) figurent à très hautes doses dans les eaux souterraines ».

    Pour nos mers et océans on observe la présence de PCB qui reste menaçante sur toutes les côtes françaises. Si les émissions de mercure ont diminué de 75% en mer du Nord, on n’est pas tiré d’affaire pour autant car le mercure est très persistant et grand voyageur. C’est pourquoi on le retrouve dans des zones aux activités économiques limitées. Exemple de cette migration : « le Groenland où 75% des femmes analysées concentraient dans leur sang des taux en mercure bien supérieurs à la norme américaine » !

     La santé et l’environnement, premières victimes.

    Nous avons déjà alerté l’opinion sur l’impact de ces substances sur la santé humaine. Notamment « les effets des perturbateurs endocriniens qui ont diminué par deux le nombre de spermatozoïdes chez les hommes et multiplié les malformations génitales, l’altération des fonctions sexuelles et du développement neuronal, l’obésité ou encore le cancer et ce, particulièrement lors d’une exposition très précoce ».

    Ces effets n’épargnent pas les organismes aquatiques  où certaines espèces, en perte de fertilité, sont désormais menacées. Comme le poisson bourbillon, observé dans un affluent du Pô, dont 50% des individus présentent des gonades indifférenciées sexuellement (et nous doutons qu’un pacs aquatique puisse inverser la situation). Les pesticides favorisent encore la disparition de nombreuses espèces de macro-invertébrés des rivières. Quant aux substances médicamenteuses présentes dans les eaux usées, elles produisent

    –          des effets pervers sur les branchies et les reins des truites

    –          la diminution des populations d’invertébrés

    –          la résistance accrue de certaines bactéries.

    Sans oublier « le traitement contre des infections fongiques qui affecterait des algues unicellulaires à la base de la chaîne alimentaire océanique« .

    De même que les médicaments,  les produits cosmétiques, crèmes, parfums, shampoings, sont encore négligés dans ces études. Citons les filtres UV de crèmes solaires qui affecteraient les oestrogènes des poissons et entraîneraient la décoloration du corail.

    Comme si tout cet arsenal de poisons ne suffisait pas, voici maintenant  les nanoparticules qu’on soupçonne de favoriser la bioaccumulation de substances dangereuses, telles que le cadmium, qui se fixerait alors davantage dans l’organisme des poissons. Et dire que certains voudraient traiter le linge hospitalier aux nanoparticules au prétexte d’éviter les maladies nosocomiales !

    La tortue du législateur coiffera-t-elle le lièvre de la pollution au poteau ?

    Voyons l’arsenal dont nous disposons. L’Europe possède une directive IPPC (Integrated pollution prevention and control) – une législation contre les PCB – une interdiction contre le Tributyltin (TBT, biocide) – une  directive Environmental quality standards (EQSD). Mesures qui sont censées réduire les émissions de substances dangereuses jugées prioritaires mais qui, visiblement, ne sont pas très efficaces.

    La directive Reach, quant à elle,  entendait informer et responsabiliser les industriels et les inciter à restreindre ces produits chimiques. Douce illusion ? Il y a encore le registre « European pollutant release and transfer  » qui inventorie les sources et la diffusion de substances chimiques prioritaires par les industriels, mais reste, selon l’AEE, insuffisamment complété.

     Comme quoi, nous ne manquons pas d’études, de textes, d’incitations et de directives…ce qui n’empêche visiblement pas les doses de produits chimiques de s’épanouir dans les eaux européennes pour y provoquer des ravages effrayants pour le présent et l’avenir. Notamment les polluants persistants qui continuent à empoisonner les mers et rivières bien après qu’on ait décidé de les réduire. Situation d’autant plus insupportable que certaines de ces substances (hydrophobes) s’accumulant davantage dans les sédiments et les organismes vivants que dans les eaux où elles sont mesurées, constituent une menace secondaire redoutable et complètement sous-évaluée.

    D’où viennent les produits incriminés ?

     Des usages domestiques : toilette, médicaments et assimilés

    –          Des industries ; transports (métaux lourds, hydrocarbures)

    –          Des matériels de construction ; décharges ; mines (surtout les mines désaffectées lorsque la montée des eaux atteint les polluants)

    –          De l’agriculture (pesticides, cadmium, zinc, cuivre, produits vétérinaires, etc.)

    –          Des gaz de schiste (produits chimiques utilisés pour la fracturation entre autres). Toutes ces substances finissent dans les rivières, se déposent dans les sédiments ou voyagent jusqu’à la mer.

    –          D’autres sont directement émises en milieu marin par le transport maritime, les décharges illégales, l’exploitation de pétrole off-shore ou enfin l’aquaculture (biocides, antibiotiques, etc.) 

     Dans une vision pessimiste, on pourrait dire qu’ on retrouve dans ces poisons tous les éléments du progrès technique dont l’homme s’est doté depuis plus de deux siècles, grâce auxquels il finira par détruire la nature et se détruire lui même s’il ne sait pas faire face aux conséquences d’une activité qui se veut prométhéenne mais qui n’est que déraisonnable et inconsidérée.

    L’AEE, en conclusion, préconise – et ce n’est pas trop tôt – de ne pas se cantonner à réduire ou contrôler chacune des substances mais « de mieux considérer les potentiels effets cocktails [des dites substances] combinées dans un même espace aquatique« .

    Comme on s’en doute, le réchauffement climatique n’arrange pas les choses !

    Quand il y a augmentation des précipitations il y a « afflux des polluants des villes et de l’agriculture dans les eaux souterraines, les rivières et les mers ».

    Quand il y a  périodes de sécheresses : il y a diminution du « cours des rivières et donc leur capacité de dilution des polluants ». Bref, on n’en sort pas.

    Autre facteur : « l’érosion des côtes [qui] va également libérer davantage de ces substances dans les océans.

    Du côté température : la hausse de celle-ci  plus l’accumulation de polluants, égale une synergie destructrice contre le système immunitaire des organismes aquatiques. N’oublions pas non plus, l’acidification des océans due au CO2 [qui ] modifie la spéciation des métaux dans ces eaux, et donc leur toxicité pour les organismes vivants ».

    Bienvenue dans le « meilleur des mondes » grâce à la chimie et à ses merveilleuses applications !

     Que propose l’AEE ???

    D’améliorer le traitement des produits chimiques, notamment pour le surplus des eaux en villes lors de fortes précipitations. Cela ne peut pas faire de mal.

    Mais, heureusement, l’agence va plus loin car elle préconise rien moins que  la réduction à la source des substances dangereuses. Notamment

    –          en encourageant la chimie verte

    –          en instaurant une première législation européenne dans ce secteur.

     A quoi nous applaudissons car, à notre avis, ce sont les seules mesures efficientes (même s’il y a en a d’autres complémentaires) qui puissent inverser le cours des choses, si c’est encore possible.

    Il faut donc les graver dans la loi et les appliquer de toute urgence.

     

    Olivier TOMA – Primum-Non-Nocere

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    • Après avoir dirigé plusieurs établissements de santé, il crée en 2005 le Comité de Développement Durable en Santé (C2DS). En 2009, il fonde l’agence de conseil Primum Non Nocere©, qui accompagne les établissements sanitaires et médico-sociaux dans la mise en d'une démarche de développement durable. Auteur de deux ouvrages : "Le développement durable et solidaire en santé" et "Hippocrate, au secours", il est également un artiste-peintre confirmé, avec plus de 600 œuvres à son actif exposées de Paris à New-York. Mais Olivier Toma, c'est avant tout le pionnier du développement durable en santé. Voilà près de 20 ans qu'il œuvre pour impulser une dynamique de développement durable dans les structures sanitaires et médico-sociales. Il est d'ailleurs à l'origine de la première éco-clinique de France respectant le label HQE, et a également créé le diplôme universitaire «Droit et gestion du développement durable en santé», à l’université de Montpellier. Engagé et passionné, il est force de propositions, d'idées et d'outils concrets mais il est surtout porteur d'une volonté farouche de créer un futur aux établissements sanitaires et médico-sociaux dans le respect du développement durable : " Imaginons un centre de lutte contre le cancer construit avec des matériaux non cancérigènes, une maison de retraite nettoyée à l’aide de produits moins nocifs pour les résidents qui les inhalent et les professionnels qui les manipulent, qui saurait trier et recycler ses déchets, évacuer de façon saine tous ses effluents, recycler les quantités colossales d’eau qu’elle consomme. Imaginons une clinique conçue en harmonie avec son environnement et fonctionnant avec des énergies vertes, ou encore un hôpital n’utilisant que des dispositifs médicaux exempts de toute toxicité, qui ne se contenterait plus d’une approche curative mais s’appliquerait à rendre ses patients acteurs de leur propre santé au travers d’actions d'éducation et de prévention,...'' Riche de convictions, Olivier Toma a l'art de convaincre et transmettre cette envie d’agir dans un seul objectif : faire avancer les hommes vers un monde meilleur et durable.

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