Le travail de nuit : un problème de santé pour les professionnels de la santé.

    nuitL’INSERM  vient de publier un rapport fort éloquent sur les méfaits du travail de nuit. Dans une première partie de ce rapport il édicte les mesures organisationnelles et individuelles destinées à en éviter les conséquences les plus nocives. Nous vous les indiquons in extenso

    Prévention organisationnelle
    Afin de limiter les conséquences négatives du travail de nuit posté, l’organisation des rotations, des durées et des horaires de prise et de fin de poste doit répondre à certains critères :
    – privilégier les rotations à vitesse rapide (tous les  2 jours)
    – ou proposer une équipe de nuit permanente en  condition contrôlée et transitoire
    – organiser les rotations dans le sens horaire (matin, après midi, nuit)
    – repousser au maximum l’heure de prise de poste du matin
    – prévoir un minimum de 11 heures entre chaque poste
    – insérer des pauses appropriées pour les repas
    – insérer si possible des pauses appropriées pour le repos et la sieste (cf focus 1)
    – adapter l’environnement lumineux (cf focus 2)
    – aménager des systèmes de roulements réguliers et flexibles.

    De même plusieurs mesures concernant la « prévention individuelle » sont-elles aussi prévues.
    Dans une seconde partie, l’INSERM procède à une analyse causale des problèmes liés au travail de nuit. En fait il n’en existe qu’une, mais constitutive de l’espèce humaine : « L’homme est une espèce conçue pour vivre le jour et dormir la nuit« . Point.
    Ce qui veut dire que « la grande majorité de nos fonctions physiologiques et psychologiques présente un rythme de 24 heures environ, appelé en raison de cette durée : rythme circadien « . Ne pas respecter ce rythme induit de multiples conséquences néfastes sur la santé et les performances des travailleurs de nuit.
    Nous avons particulièrement relevé l’alinéa suivant :  » Ce sont les désynchronisations internes qui sont suspectées d’être à l’origine des troubles et pathologies liés au travail de nuit. Par exemple, concernant les cancers du sein en lien avec le travail de nuit le mécanisme physiopathologique suspecté est une altération du rythme circadien de la mélatonine. Au travail, bien avant l’installation d’une pathologie, les effets à très court terme de ces désynchronisations sont visibles sur les niveaux de vigilance et de performance« .
    Or, malgré la législation, le travail de nuit s’accroît puisqu’il a plus que doublé en vingt ans ! Particulièrement chez les femmes.

    Quelques chiffres :
    – 15,2% des salariés travaillent de nuit : 8% habituellement et 7,2 % occasionnellement
    – 21,4 % des hommes et 9% des femmes travaillent la nuit.

    Quelles sont les préconisations de l’INSERM ?
    Elles se déclinent en 3 focus que nous vous indiquons sans les détailler (cf notre lien vers le rapport de l’Inserm):
             
    La sieste, médicament du travailleur de nuit
    « La sieste est le meilleur moyen actuellement connu pour limiter les effets néfastes du travail de nuit sur la santé et la sinistralité. En effet, le bénéfice de la sieste durant le poste de nuit est principalement lié à la réduction de la dette chronique de sommeil dont souffrent généralement ces travailleurs mais elle permet aussi de maintenir un ancrage des rythmes biologiques sur un cycle veille – sommeil normal (maintien de l’orientation diurne de l’horloge)…… »
             
    Agir sur l’environnement lumineux : un outil à la main des entreprises ?
    « La lumière est efficace pour manipuler l’horloge biologique. Les approches de photothérapie permettent de traiter des troubles des rythmes circadiens et peuvent atténuer les symptômes chronobiologiques du travail posté….. »

    Les professions de santé

    Ce travail de l’Inserm doit tout particulièrement retenir l’attention des responsables des professions de santé.
    En effet:
    – le système de santé fonctionnant 24H/24, nous sommes très exposés au risque pour les travailleurs de nuit. D’autant que les personnes travaillant de nuit sont deux fois plus exposées aux risques d’accident du travail.
    – le risque de maladi cardio-vasculaire est majoré de 40%
    – le CIRC vient d’émettre l’hypothèse que le travail de nuit était « probablement cancérogène« . Ne peut-on cependant faire observer que le travail de jour, dans l’immense et universelle diversité de ses modalités pratiques, souvent fort pénibles, dans des conditions parfois insalubres,  devrait l’être tout autant ?
    – l’environnement lumineux est un facteur majeur dans les dérèglements liés au travail de nuit. A ce titre nous aurions besoin de préconisations précises pour nos collaborateurs de la part des ministères du travail et de la recherche.
    – Il apparaît que la sieste est le meilleur moyen pour limiter les effets néfastes du travail de nuit. Cette observation peut faire sourire, mais il semble important que les fédérations hospitalières puissent négocier les moyens financiers pour intégrer ce temps de sieste de nuit dans le temps de travail.
    L’étude en référence ne nous dit rien de l’aspect juridique du problème du travail de nuit.
    Qu’en est-il de la responsabilité des établissements qui, dans 20 ans, n’auront pas proposé et mis en place cette disposition à leurs collaborateurs ?

    Certes, aujourd’hui les établissements n’ont pas les moyens financiers d’adopter de telles mesures. C’est donc à l’Etat, en concertation avec la profession, d’évaluer et d’intégrer les dépenses nécessaires dans les tarifs des établissements de santé sur la base d’études nationales de « coût ».
    Sa responsabilité sera pleinement engagée si cette mesure n’était pas financée à l’avenir…

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE.

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