Les biocarburants sous surveillance

    Ceux qui apparaissaient sinon comme une panacée universelle mais comme une heureuse alternative « verte » aux énergies fossiles dans les transports – les biocarburants ou agro carburants – s’avèrent pires que lui. On les accuse de favoriser la déforestation, la disparition de cultures vivrières, l’augmentation des prix des denrées alimentaires.

    Et, cerise sur le gâteau, ou plutôt fleur de colza sur la pompe à mazout, ils augmentent  les émissions de gaz à effet de serre.

    C’est ce qui résulte d’une étude réalisée par l’ONG « Transport &Environnement », publiée en Avril 2016, qui fait référence à celle commandée par la Commission européenne publiée en Mars dernier et établissait un  bilan des impacts des agrocarburants, en termes d’émissions et de surfaces cultivées, à l’horizon 2020.

    Les biocarburants ne protègent pas le climat.

    Au contraire ils émettent plus de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles ! Or il faut savoir qu’en 2020 5 % de biodiesel en moyenne seront incorporés dans 1 litre de diesel. Or, l’étude démontre qu’un litre de biodiesel émet 80 % d’émissions de gaz à effet de serre de plus qu’un litre de diesel. Stupéfiant non ?

     Conséquence logique : l’usage du biodiesel va entraîner une hausse de 4 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) par rapport au diesel pur.  C’est comme si, toujours d’après Transports & Environnement, on mettait en circulation 12 millions de voitures  supplémentaires en Europe.

    En revanche, si on utilise un mixte biodiesel/bioéthanol, la hausse tombe à 3,5% au lieu de 4% du fait que le bioéthanol est censé réduire de 0,5% les émissions de GES par rapport à  l’essence…. Jusqu’à ce qu’on nous démontre le contraire ?

    Un litre de biodiesel :

    • issu du colza il représenterait 20% d’émissions de GES de plus qu’un litre de diesel ;
    • issu du soja, le double d’émissions (100% de plus donc)
    • issu de l’huile de palme, le triple (soient 200%).

    De quoi « flipper » quand on sait que ces trois cultures représenteront les deux tiers des biocarburants en UE d’ici à 2020. Commission européenne dixit.

    La politique de Gribouille

    Le directeur de T & E n’utilise pas cette image, il se contente de proclamer que « le remède est pire que le mal ».  Et on ne peut que l’approuver quand on sait que (si cette étude est pertinente) que les biocarburants dérogent à la directive européenne sur les énergies renouvelables, qui fixait la réduction des émissions d’au moins 50 % en 2017, et de 60 % en 2018 du fait de leur utilisation.

    L’UE, qui a senti le vent venir,  a d’ailleurs commencé à réagir dès en 2014 en plafonnant à 7 % leur part dans les transports européens soient 3% de moins que les objectifs initiaux. Etaient particulièrement  visés les agro carburants de première génération. Mais, pour certains, ils devraient être ramenés à 0% après 2020.

    Comment expliquer de pareilles distorsions dans les chiffres ?

    On est passé d’un biodiésel à « zéro émission » de GES, à une sorte de poison environnemental les multipliant par 3 par rapport à  aux carburants fossile  !

    Comment cela est-il possible ?

    Par le non prise en compte  d’un facteur crucial : « le changement d’affectation des sols, de terres naturelles qui stockaient du carbone (prairies, forêts…) à des terres cultivées« 

    Or l’étude de T & E l’a pris en compte et l’a ajouté aux émissions directes : tracteurs, transport, engrais.

    Il s’agit d’un facteur:

    • Direct, lorsque les cultures pour agrocarburants opèrent sur des espaces naturels.
    • Indirect, en cas de conversion de terres agricoles déjà exploitées aux cultures pour agro carburants.

    Comme la demande alimentaire ne diminue pas, au contraire,  on expatrie les cultures alimentaires sur d’autres terres en sacrifiant de nouveaux espaces naturels.  Même si ces changements d’affectation des sols sont difficiles à quantifier, il n’en demeure pas moins qu’ils n’ont pas été pris en compte dans les politiques nationales et européenne.

    « On  ne saurait penser à tout » disait le fabuliste. Et ne matière d’environnement plus que partout ailleurs semble-t-il où les meilleures intentions aboutissent souvent à provoquer des catastrophes au lieu de résoudre des problèmes.

    Or la Commission européenne a calculé que si la politique européenne actuelle concernant les biocarburants est maintenue jusqu’en 2020, on assistera à un changement d’affectation pour 8,8 millions d’hectares – dont 2,9 millions d’hectares en Europe  et 2,1 millions en Asie du Sud-Est où les plantations pour l’huile de palme empiète pour 50% sur les forêts et tourbières.

    D’autres ONG mettent en garde : [Ces changements d’affectation des sols auront] « des effets dévastateurs sur la sécurité alimentaire, les droits fonciers et les conditions de vie des populations vivant sur les terres utilisées, ainsi que sur la biodiversité au niveau mondial Pour produire l’huile végétale consacrée au biodiesel,  il faut soit empiéter sur les cultures alimentaires, ce qui augmente les prix des denrées et aggrave la faim dans le monde, soit étendre les surfaces cultivées. Cela se fait essentiellement dans les zones tropicales, en déforestant  : cultures de soja en Amazonie, de palmiers à huile en Indonésie… » prévient le président de T & E.

    Ce n’est pas le cas en France où les cultures de colza et de tournesol  pour le biodiesel, celle  de la betterave pour le bioéthanol, ont été faites en gagnant sur les protéagineux, les jachères, ou au détriment des exportations.

    Quoiqu’il en soit de ces constats, des inquiétudes qu’ils entraînent et des opacités qu’ils nous révèlent, il est évident qu’il nous faut absolument prendre le virage des énergies renouvelables; il nous faut domestiquer l’énergie infinie du soleil , des courants marins, celle du vent (l’éolien pourrait représenter 22 % de la production électrique nationale en 2030 selon l’Ademe) qui, toutes, nous fourniront les carburants dont nous avons besoin.

    Ce sera le moyen :

    • De guérir ce cancer mondial de la pollution d’une part
    • D’éradiquer le terrorisme en asséchant ses financements par l’industrie pétrolière.

    L’énergie renouvelable, c’est la garantie non seulement d’un avenir plus sain et plus serein pour les générations à venir, mais c’est la garantie qu’il y ait un avenir tout court pour l’humanité.
    Un exemple éloquent à suivre nous est donné par la jeune entreprise innovante française Qarnot qui a pensé mettre les serveurs à contribution pour réduire l’empreinte carbone des calculs informatiques tout en chauffant gratuitement des habitations, des bureaux ou des bâtiments publics. Elle a donc conçu le radiateur numérique Q.rad.  il s’agit « d’un petit serveur muni de plusieurs processeurs multicœurs Intel et de 16 Go de mémoire vive qui exécute à distance, via une liaison Internet par fibre optique, du calcul informatique complexe pour des entreprises. La chaleur dégagée par l’activité intensive des processeurs est transmise à des dissipateurs puis restituée sous forme de chauffage dans une pièce« .

    Sans oublier la pratique du vélo et ses multiples avantages tant sur la consommation d’énergie que sur la santé .

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

     https://politiquedesante.fr/2013/01/28/le-nouveau-decalogue-du-bureau-europeen-de-lenvironnement/

    https://politiquedesante.fr/2014/10/14/le-solaire-et-leolien-font-mieux-que-le-petroleet-moins-cher/

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    • Après avoir dirigé plusieurs établissements de santé, il crée en 2005 le Comité de Développement Durable en Santé (C2DS). En 2009, il fonde l’agence de conseil Primum Non Nocere©, qui accompagne les établissements sanitaires et médico-sociaux dans la mise en d'une démarche de développement durable. Auteur de deux ouvrages : "Le développement durable et solidaire en santé" et "Hippocrate, au secours", il est également un artiste-peintre confirmé, avec plus de 600 œuvres à son actif exposées de Paris à New-York. Mais Olivier Toma, c'est avant tout le pionnier du développement durable en santé. Voilà près de 20 ans qu'il œuvre pour impulser une dynamique de développement durable dans les structures sanitaires et médico-sociales. Il est d'ailleurs à l'origine de la première éco-clinique de France respectant le label HQE, et a également créé le diplôme universitaire «Droit et gestion du développement durable en santé», à l’université de Montpellier. Engagé et passionné, il est force de propositions, d'idées et d'outils concrets mais il est surtout porteur d'une volonté farouche de créer un futur aux établissements sanitaires et médico-sociaux dans le respect du développement durable : " Imaginons un centre de lutte contre le cancer construit avec des matériaux non cancérigènes, une maison de retraite nettoyée à l’aide de produits moins nocifs pour les résidents qui les inhalent et les professionnels qui les manipulent, qui saurait trier et recycler ses déchets, évacuer de façon saine tous ses effluents, recycler les quantités colossales d’eau qu’elle consomme. Imaginons une clinique conçue en harmonie avec son environnement et fonctionnant avec des énergies vertes, ou encore un hôpital n’utilisant que des dispositifs médicaux exempts de toute toxicité, qui ne se contenterait plus d’une approche curative mais s’appliquerait à rendre ses patients acteurs de leur propre santé au travers d’actions d'éducation et de prévention,...'' Riche de convictions, Olivier Toma a l'art de convaincre et transmettre cette envie d’agir dans un seul objectif : faire avancer les hommes vers un monde meilleur et durable.

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