Nike, Puma et Adidas entrent en « repentance »

    detoxC’est Greenpeace qui leur aurait demandé de supprimer tous les produits toxiques dans la fabrication de leurs vêtements de sport. Défi relevé aux horizons de 2020.

    Un Puma « repenti »

    Chez Puma on a commencé par publier un rapport concernant les différents impacts environnementaux de l’entreprise : consommation d’eau, émissions de gaz à effet de serre relatifs à ses approvisionnements et à ses activités, en définissant cinq niveaux d’activités depuis l’entreprise jusqu’au fournisseur de 4ème rang, c’est à dire les producteurs de matières premières. Le rapport conclut à un impact environnemental de 94,4 millions d’euros dont 87,2 millions d’euros provenant de la chaîne de fournisseurs. Ce qui amène Puma à décider de « leur faire prendre conscience que le modèle économique actuel est dépassé et qu’il doit être réformé en profondeur ». Sage conclusion.
    L’Esprit soufflerait-il sur les responsables de l’industrie textile, notamment les équipementiers sportifs ? Peut-être. Mais alors il a pris la forme des deux rapports de Greenpeace.
    Le 1er intitulé « Dirty Laundry » (juillet 2014) dénonçait les rejets de produits chimiques dans l’eau des fleuves proches des usines des sous-traitants de grandes entreprises textiles telles que Nike, Adidas et H&M.
    Le 2ème « Dirty Laundry 2 : Hung out to dry », tout récent, a traqué la présence de ces produits dans les vêtements fabriqués par 15 marques connues. Ce qui a révélé que deux tiers des échantillons prélevés contenaient des substances toxiques – en fait des perturbateurs endocriniens – de la famille des alkylphénols

    La campagne « Detox ».

    Il était alors loisible à Greenpeace de mettre la pression sur une cible spécifique : les géants du sport parce-qu’ils auraient « déjà au moins 50% des instruments nécessaires à leur disposition » d’après l’ONG. Et ce fut le lancement d’une campagne de communication baptisée « Detox » visant plus particulièrement Nike et Adidas.
    Mais en définitive ce sont Nike et Puma qui, les premiers, ont accepté de revoir leur copie et nous promettent un plan d’action publié d’ici huit semaines.

    • Nike aurait déjà «développé de nombreux outils et communique beaucoup sur le sujet » d’après le responsable de Carbone Tex, bureau d’étude environnemental spécialisé dans le textile et l’habillement
    • Chez Puma, on affirme l’ intention de publier un compte de résultat prenant en compte les impacts environnementaux, sociétaux et économiques de son activité.
    • Adidas, lui, résiste. Si le groupe reconnait la validité de la démarche de Greenpeace ; s’il assure se concerter avec d’autres membres de l’industrie textile afin « de développer et de coordonner une approche qui pourrait répondre au défi lancé par Greenpeace » ; il refuse de répondre à l’engagement chiffré de Greenpeace, car il affirme avoir mis en place des mesures qui en font « le meilleur sur le sujet ». Ce que conteste Greenpeace bien évidemment.
    • Après le sport, le collimateur est maintenant braqué sur H&M car Greenpeace , veut arriver à ce que « 75% des entreprises du marché s’engagent individuellement dans le challenge »,
    En fait, Adidas, H&M ou Nike ont adopté des listes de substances interdites (Restricted Substances List) mais ces listes ne concerneraient que le produit fini et le contrôle se limiterait à la recherche d’une certaine concentration de substances toxiques. En dessous de ce seuil, la substance est alors considérée comme non utilisée. Solution simpliste qui ne peut satisfaire le consommateur et qui ne satisfait pas Greenpeace qui « préconise de mesurer les concentrations dès 1 ppm (partie par million) ».
    Nike et quelques autres fabricants (trop rares) ont établi un second type de listes (Manufacturing Restricted Substances List). Il s’agit de dépasser le contrôle du simple produit fini pour interdire l’utilisation des produits incriminés dans son mode de production. C’est une amélioration mais insuffisante dans la mesure où ces listes ne seraient pas rendues publiques, donc contrôlables par le consommateur.
    Le casse-tête de la sous-traitance
    Après quoi il faudra s’attaquer au contrôle chez les sous-traitants. Tâche très compliquée tant il y a de filières de sous-traitance : chaque grande marque en possède plusieurs milliers.
    D’où la mise en place par Greenpeace de groupes de travail avec les industriels impliqués pour définir des procédures efficaces. Pour l’ONG il faudrait arriver à ce que « la législation dans les pays du Sud (en première ligne de la sous-traitance) s’arme enfin d’un système de contrôle des substances toxiques tel que « REACH« .
    Pour notre part la position à adopter est claire

    Des fabricants reconnaissent que leurs produits sont dangereux ? Parfait.
    Certains s’engagent enfin à supprimer les composants dangereux que, pour notre part, nous dénonçons depuis 10 ans. En traînant un peu les pieds quand même (voir Adidas). Très bien.
    Pour les autres, la seule attitude à opposer à leur mauvaise volonté, c’est de nous engager A NE PLUS ACHETER leurs produits. Immédiatement.
    De nombreux industriels – plus ou moins coopératifs – ont réussi à supprimer, conservateurs et perturbateurs endocriniens ! C’est donc bien qu’il existe des solutions efficaces de substitution. Les récalcitrants n’ont pas d’excuse.

    La repentance, c’est bien, mais la (bonne) volonté humaine est fragile: à nous de la booster en n’achetant plus les produits nocifs.
    Le « pouvoir est dans le caddie » ? Militons donc pour ne plus acheter ces produits que les fabricants reconnaissent eux-mêmes comme dangereux !

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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