Nos cousins québécois nous montrent la voie : ils inventent la première Clinique d’Economie Sociale.

    Nos cousins québécois nous montrent la voie : ils inventent la première Clinique d'Economie Sociale.Il s’agit d’une initiative pilotée par le Dr Guillaume Langlois qui rêvait d’agrandir la Coopérative de santé de son village : Sainte-Gertrude et qui a suscité une mobilisation telle qu’elle  a débouché sur un projet original : la création d’une clinique d’économie sociale.

    En quoi cela consiste-t-il ? la Coopérative verra sa structure légale modifiée et pourra bénéficier d’une exemption de taxes après accord du gouvernement.

    Sous la supervision d’une coordonnatrice, suivra une révision du mode de fonctionnement de la clinique-coopérative qui évitera les pertes de temps et d’énergie dans les procédures, ainsi qu’une gestion plus efficace. Reste aussi  à entrer en possession des fonds promis en mettant en place une structure adéquate : Fondation nouvelle ou conservation de la fondation déjà existante, l’essentiel étant de conserver intacte la mobilisation de la population autour du projet jusqu’à ce qu’il soit fonctionnel.

    Ces fonds serviront à financer l’agrandissement physique des lieux auquel participeront des bénévoles. Les frais fixes seront pris en charge par les professionnels de santé qui y loueront des locaux. Les fonds supplémentaires recueillis pourront servir à couvrir divers besoins de la collectivité, comme le réaménagement d’une piste de ski de fond.

    Sont prévus par le Dr Langlois, la présence au sein de cette « clinique Multi-Santé » un physiothérapeute, un chiropraticien, un kinésithérapeute, un acupuncteur, un nutritionniste, une psychologue, un pharmacien (et sa pharmacie) ainsi que de nouveaux médecins.

    «Nous allons montrer à l’ensemble du Québec que des médecins bien organisés, bien équipés et bien entourés peuvent décupler leurs capacités

    Un retour en arrière fera mieux comprendre la pertinence et l’exemplarité de ce projet quasi miraculeux qui pourrait inspirer des « vocations » dans notre pays.

    A l’origine le Dr Langlois était un simple habitant du village à qui les habitants demandèrent de travailler chez eux. On lui promit une solide équipe d’une quinzaine de personnes, un appui de 2000 membres de la coop et toutes sortes de projets idylliques pour dresser « un rempart contre le vent de folie de notre système de santé » ce système qui « souffle l’espoir de notre jeunes médecins comme une chandelle » dit-il. Il nous semble que de telles parole ont de quoi faire siffler les oreilles de nos responsables, tant du côté de l’administration que de celui de l’université.

    Il vit dans cette proposition :

    –          le moyen d’échapper aux contraintes d’une administration de plus en plus complexe et étouffante transformant les médecins en gratte-papiers

    –          la possibilité d’obéir à s véritable vocation : soigner, traiter, guérir, accompagner.

    –          l’opportunité de monter des cliniques spécialisées : mini-chirurgie, diabète, dépistage, gynécologiques, musculo-squelettiques. Celle d’innover, d’accroître efficacité et expertise et montrer au Québec « qu’un médecin bien organisé, bien équipé, bien entouré, peut décupler ses capacités« .

    Malheureusement au bout de trois ans et demi d’efforts incroyables, d’angoisses et de joies qu’il décrit très bien dans sa « Lettre du Médecin de Village », le projet s’est figé, les équipes ont explosé, la chape de plomb des tâches administratives et les contraintes d’une négociation permanente pour obtenir les moyens nécessaires ont mangé le temps qu’il croyait pouvoir consacrer à soigner, les aides promises d’autres médecins ne sont pas arrivées, l’infirmière prévue lui a été refusée, l’aide gouvernementale n’a même jamais été envisagée, il s’est trouvé condamné par les journaux et l’appui populaire s’est effrité.

    Amer mais pas découragé le Dr Langlois dresse alors le constat suivant dans sa « Lettre » :  » Les jeunes médecins en région sont condamnés. Les campagnes sont oubliées. Toutes les lois soufflent vers les grands centres, y propulsent les nouvelles recrues impuissantes. Elles déracinent ceux qui veulent s’épanouir dans les villages, ceux qui rêvent de proximité. Et cette tendance est loin de se renverser. Tout s’accélère, tout se complique« 

    Et c’est cette « Lettre » lancée sur Face-Book où il décrit avec beaucoup de chaleur et de conviction l’état de la situation, ses espoirs, ses projets et son désespoir de voir tant d’efforts voués à l’indifférence, qui va provoquer le miracle.

    Il le décrit  lui même de cette manière :

     » De l’argent a depuis longtemps été amassé (et continue maintenant de rentrer). Les différents intervenants sont déjà impliqués. Je me rends compte aujourd’hui pourquoi j’allais échouer. Ce projet de Clinique d’Économie Sociale doit d’abord et avant tout être connu, compris, découvert, éclairé. C’est pourquoi aujourd’hui, j’ai enfin tout mis sur papier. C’est vous qui en réagissant à ma lettre Médecin de Village, avez touché les médias, avez changé la direction du vent. Par centaines, vous m’avez encouragé, supporté, réconforté. Vous m’avez donné la force de rêver. Je livre donc aujourd’hui le combat de ma vie, ce pourquoi je suis ici. J’ai absolument besoin de votre aide une dernière fois. Propagez mon idée ! Faites-là connaître, circuler ! Et surtout, n’oubliez pas que les médias regardent le nombre de partages, lisent vos commentaires, sont sensibles à votre écoute.

    Grâce à votre soutien, en seulement cinq jours, les renforts sont arrivés, commencent à s’organiser. Mais rien n’est encore joué, rien n’est terminé. Alors que tout bouge tellement vite, s’accélère, j’ai besoin de votre aide une dernière fois. Je ne veux pas que notre projet soit dénaturé, dénudé, vidé. Il doit absolument être reconnu, compris, apprécié.

    Merci à vous tous ! Vous me donnez des ailes, le pouvoir de prendre ma vie en mains !

    Alors voici le message à partager. L’acte de naissance de la toute première Clinique d’Économie Sociale du Québec:

    À Ste-Gertrude et Bécancour nous allons créer la première Clinique d’Économie Sociale.

    Cette nouvelle entité regroupera des médecins désireux de prendre leur entière responsabilité sociale, du personnel qualifié, des pharmaciens qui ont à cœur le développement régional, des entreprises et gens d’affaires responsables, une population engagée, et on l’espère, un gouvernement impliqué !

    Des médecins de tous horizons vont unir leurs compétences, s’entraider, se regrouper. Appuyés par des infirmières et du personnel chevronné, ils pourront concentrer tous leurs efforts aux diagnostics et plans de traitements. En cas de difficulté, ils supporteront leurs collègues épuisés, se serreront les coudes, feront preuve de solidarité médicale.

    De nombreux autres piliers du système de santé uniront leur voix à ce projet d’envergure; physiothérapeutes, chiropraticiens, kinésiothérapeutes, accupuncteurs, nutritionnistes et psychologues. Par leur expertise, ils nous donneront la force de soigner notre population dans sa globalité, sa totalité.

    Notre Clinique n’aura pas de frontière, pourra regrouper plusieurs sites, plusieurs villages. Elle s’épanouira entre chaque secteur, créant un tissu social solide, inébranlable. Nous érigerons un rempart contre le vent de folie de notre système de santé, qui souffle l’espoir de tous les médecins comme une chandelle.

    Au lieu de gérer, négocier, rencontrer, convaincre, superviser, réconcilier, nos médecins vont enfin pouvoir soigner, traiter, guérir, accompagner. Nous allons montrer à l’ensemble du Québec que des médecins bien organisés, bien équipés, bien entourés, peuvent décupler leurs capacités.

    Les profits ainsi amassés retourneront à la communauté, serviront à l’enrichir, la développer. Partout dans notre région, des projets fleuriront : pistes cyclables sécuritaires, ski de fond l’hiver, activités ensoleillées, régates de potirons. Tous ces projets amélioreront la santé de notre population, mais aussi réveilleront les cités, les gens désireux de proximité, les inviteront à venir se ressourcer.

    J’ai recommencé à rêver. Nos régions vont s’éveiller. Le vent va enfin arrêter de souffler.

    Guillaume Langlois

    Cette initiative nous a paru si belle et si encourageante dans un temps où les froids calculs technocratiques l’emportent sur ce qui devrait faire l’essence des métiers de santé : la compassion, l’humanité, le souci de soigner et d’aider, la joie de donner la vie et de la conserver, que nous n’avons pas voulu amputer le message du Dr Langlois.

    En espérant qu’il inspirera de nombreux jeunes médecins de France qui contribueront à ce que notre société redevienne humaine.

    Olivier TOMA – Primum-Non-Nocere

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    • Après avoir dirigé plusieurs établissements de santé, il crée en 2005 le Comité de Développement Durable en Santé (C2DS). En 2009, il fonde l’agence de conseil Primum Non Nocere©, qui accompagne les établissements sanitaires et médico-sociaux dans la mise en d'une démarche de développement durable. Auteur de deux ouvrages : "Le développement durable et solidaire en santé" et "Hippocrate, au secours", il est également un artiste-peintre confirmé, avec plus de 600 œuvres à son actif exposées de Paris à New-York. Mais Olivier Toma, c'est avant tout le pionnier du développement durable en santé. Voilà près de 20 ans qu'il œuvre pour impulser une dynamique de développement durable dans les structures sanitaires et médico-sociales. Il est d'ailleurs à l'origine de la première éco-clinique de France respectant le label HQE, et a également créé le diplôme universitaire «Droit et gestion du développement durable en santé», à l’université de Montpellier. Engagé et passionné, il est force de propositions, d'idées et d'outils concrets mais il est surtout porteur d'une volonté farouche de créer un futur aux établissements sanitaires et médico-sociaux dans le respect du développement durable : " Imaginons un centre de lutte contre le cancer construit avec des matériaux non cancérigènes, une maison de retraite nettoyée à l’aide de produits moins nocifs pour les résidents qui les inhalent et les professionnels qui les manipulent, qui saurait trier et recycler ses déchets, évacuer de façon saine tous ses effluents, recycler les quantités colossales d’eau qu’elle consomme. Imaginons une clinique conçue en harmonie avec son environnement et fonctionnant avec des énergies vertes, ou encore un hôpital n’utilisant que des dispositifs médicaux exempts de toute toxicité, qui ne se contenterait plus d’une approche curative mais s’appliquerait à rendre ses patients acteurs de leur propre santé au travers d’actions d'éducation et de prévention,...'' Riche de convictions, Olivier Toma a l'art de convaincre et transmettre cette envie d’agir dans un seul objectif : faire avancer les hommes vers un monde meilleur et durable.

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