Quand les infirmières dégustent ce sont les patients qui trinquent.

    Quand les infirmières dégustent ce sont les patients qui trinquent.Une étude de la Nursing School de l’Université de Pennsylvanie et des National Institues of Health aux USA, n’a pas de quoi nous réjouir ou nous rassurer car elle confirme nos propres observations (voir notre ouvrage « Hippocrate au secours! » qui paraît le 7 du mois prochain) : la surcharge de travail pour les infirmières est telle que malgré leur professionnalisme, elle entraîne des erreurs à l’origine d’infections nosocomiales.

    Cela ramène sur le devant de la scène le problème récurrent de ce fameux « burn out » (défini comme un état d’épuisement professionnel décrit comme une combinaison d’épuisement émotionnel et de détachement associés au sentiment de ne pas « bien faire » dans son travail) des personnels soignants, et, bien entendu, le problème de la sécurité des soins aux patients compromise par l’insuffisance en personnel de nos établissements hospitaliers.

    A travers une rigoureuse mise en rapport nombre d’infirmière/nombre de patients dans 161 hôpitaux américains, il apparaît que pour chaque patient supplémentaire affecté à une infirmière (déjà épuisée) une infection nosocomiale supplémentaire intervient sur 1000 patients. Bien sûr la relation de cause à effet est impossible à établir mais l’étude met bien en relief les rapports entre infections urinaires, infection du site opératoire d’un côté,  pose d’un cathéter et facteur lié au personnel infirmier de l’autre.

    L’étude a porté sur 7000 infirmièr(e)s dans 161 hôpitaux pour mesurer leur taux d’épuisement professionnel en tenant compte

    –          de l’âge

    –          des années d’expérience

    –          des protocoles mis en place par l’établissement

    –          du nombre de patients

    Et a tenté de calculer le nombre d’infections pouvant être évitées et les économies qu’on pourrait y associer si le « burn out » pouvait être réduit.

    Il a été établi que:

    –          Plus d’un tiers des infirmières correspondaient aux critères de l’épuisement professionnel

    –          Que chacune d’elle avait 5,7 patients en charge et en moyenne

    –          Que le taux d’incidence liée à la pose d’un cathéter pour 1000 patients s’élevait à 9 infections urinaires et à 5 pollutions du site opératoire.

    –          Que pour chaque patient supplémentaire attribué à la même infirmière, il y avait – toujours pour mille patients – une infection urinaire et une infection du site opératoire supplémentaires

    –          Et que chaque augmentation de 10% d’infirmières en état d’épuisement professionnel, entraîne ipso facto une infection urinaire et deux infections du site opératoire de plus pour un panel de 1000 patients.

    Lorsqu’on examine ensemble épuisement professionnel et dotation en personnel, on s’aperçoit que cette dernière n’est plus significative après ajustement pour épuisement professionnel des infirmières, ce qui prouve que celui-ci constitue bien l’origine des différences de taux d’infection.

    L’étude conclut qu’une réduction de 10% du taux d’épuisement permettrait d’éviter chaque année environ 4160 infections et 41 millions de dollars de dépense supplémentaire dans le seul état de Pennsylvanie.

    Elle préconise donc d’améliorer la dotation en personnel infirmier dans chaque établissement et de faire porter les efforts sur d’autres facteurs importants liés à l’environnement au travail pour réduire à tout prix le « burn out » des infirmières, en assurant que cela reviendrait moins cher que de prendre en charge le coût des infections nosocomiales supplémentaires qui y sont liées.

    Chose curieuse, elle n’ajoute rien concernant les avantages que les patients pourraient tirer d’avoir affaire à des infirmières moins stressées et moins sujettes à des négligences regrettables pour eux, même si elles sont involontaires !

    Mais il est bien établi que nul ne peut servir deux maîtres à la fois : en la circonstance, le dieu dollar et le patient.

    Olivier TOMA – Primum-Non-Nocere

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