La biodiversité : mort programmée ou espoir et salut ?

    hôpital militaire bordeauxNous avons appris il y a quelques jours, avec indifférence pour la plupart, avec effroi pour les gens lucides, que la moitié des espèces vivantes avaient disparu de la surface de la planète dans les dernières quarante années. Ce foisonnement de vies inventées par la Terre en étapes successives au cours des quatre ou cinq milliards d’années de son histoire, a donc été détruit à moitié en quarante ans de prédation aveugle des ressources naturelles, de surconsommation effrénée, le tout générant un réchauffement climatique par émission insensée de CO2, à l’origine de bouleversements futurs dont nous ne soupçonnons même pas l’ampleur éventuelle !

    Pour preuve : l’OMS qui s’inquiète de plus en plus des conséquences sanitaires de la perte de la biodiversité et de ses modifications. « Celles-ci ont des conséquences sur le fonctionnement de l’écosystème, dont les perturbations, si elles sont importantes, peuvent avoir une incidence sur les biens et les services indispensables à la vie. La perte de biodiversité signifie que l’on perd la possibilité de découvrir de nombreux produits chimiques et gènes similaires à ceux qui ont déjà apporté à l’humanité d’énormes bienfaits sur le plan de la santé. Il existe plusieurs liens spécifiques entre la santé et la biodiversité ».
    « Là où naît le péril, croît ce qui sauve » affirmait Friedrich Hölderlin.
    Acceptons en l’augure et prenons en pour preuve des initiatives en matière de préservation de la nature, qui nous viennent du monde hospitalier et qui montrent que le pire n’est jamais assuré.

    Ainsi, il y a un an, l’Hôpital d’Instruction des Armées Robert Picqué de Bordeaux est entré dans une démarche ambitieuse respectant tous les critères de Développement Durable (économique, sociale et environnementale) appelée AGENDA 21 et comportant une initiative originale d’éco-pastoralisme : 50 agnelles Noire du Velay de 5 mois, 2 brebis de 3 ans pour les mener, et 2 béliers de 1 an, ont été installés pour une période de 3 mois sur le terrain du Béquet.
    Pourquoi ? Pour entretenir une zone enherbée d’environ 8 Ha non exploitée. Double avantage : après la fenaison de juin, les ovins seront chargés d’entretenir sans frais de la parcelle. Mais ils se transformeront aussi en formateurs/thérapeutes , car pendant ce séjour les patients en traitement pour l’obésité et le diabète pourront aller à la rencontre des animaux et pourront échanger avec les éleveurs.
    Intérêt financier et volonté d’ouverture de l’hôpital vers le monde extérieur se conjuguent donc dans une authentique démarche en faveur de la vie. Car qu’est-ce donc que le développement durable si ce n’est le respect de la vie ?
    Il nous semble que cette démarche originale traduit parfaitement l’esprit du rapport du Conseil Général de l’Environnement et du DD sur les liens entre santé et biodiversité que nous vous fournissons en fichier joint.

    Une phrase à retenir dès maintenant dans ce rapport car elle concerne directement le monde de la santé : « Les pratiques de soins entraînent une utilisation importante de substances pharmaceutiques dont une partie des résidus se retrouve dans les écosystèmes. Face aux risques avérés pour la biodiversité [il faut rappeler] toute la justesse de mettre en oeuvre l’indice PBT en place en France et de tenir compte de cet indice dans la délivrance des AMM »

    Il est à remarquer que même le MEDEF prend conscience des enjeux liés à la biodiversité allant jusqu’à parler de « création de valeur » ! Ainsi celle-ci n’apparaît plus aux cerveaux du CAC40 comme une marotte pour écolos militants, mais comme enjeu entrepreneurial : la biodiversité créerait de la valeur pour l’entreprise en renforçant ses liens avec ses parties prenantes. Voir le dossier en PJ.
    Peu importent les voies que prend l’Esprit, pourvu qu’Il finisse par éclairer les consciences !
    Nous vous conseillons aussi, si vous parlez anglais, de consulter le rapport « The Economics of Biophilia » qui nous vient des USA et qui démontre la performance des entreprises qui se soucient de biodiversité au quotidien.

    Quelques exemples de mise en œuvre pratique de la défense de biodiversité.
    La clinique Pasteur à Toulouse qui a transformé le toit de son Atrium en un potager où poussent fraises, légumes, aromates, grâce à la collaboration de Macadam Gardens, boutique en ligne qui aide les citadins à cultiver un potager chez eux. Les 500 m² de jardin seront entretenus par de jeunes handicapés d’ESAT (Établissement et Services d’Aide par le Travail) qui y feront pousser les fruits et les légumes dédiés aux patients au restaurant d’entreprise du personnel de la clinique. Le but est d’impliquer les salariés d’une entreprise sur un potager, avec des notions de développement durable.
    Citons aussi les ruches sur le toit de l’hôpital Saint Louis-Lariboisière (AP-HP). Celles de Limoges dont le CHU est à l’origine d’un travail sur le pouvoir antibactérien et cicatrisant des miels montrant comment les pansements et les soins au miel peuvent réduire grandement le temps de cicatrisation, sans infection ni effets secondaires.
    Evoquons l’initiative du Conseil Général des Vosges qui veut arriver à installer une centaine de ruches dans les maisons de retraite du département tant pour favoriser le repeuplement des abeilles que pour fournir du travail aux bénéficiaires du RSA.
    Celle de la Clinique de la Pévèle dans le Nord, établissement qui se préoccupe du développement durable et de la biodiversité (lien).
    Dans le Sud-Ouest, c’est la Polyclinique Bordeaux Rive Droite qui offre des poules à des salariés qui souhaitent réduire leur déchets et les transformer …en oeufs. ? Le raisonnement est simple : « Chaque année, 1 habitant produit 20 kg de déchets alimentaires, or 2 poules consomment jusqu’à 300 kg de déchets végétaux. En adoptant 2 poules, vous allègerez considérablement le poids de vos poubelles et réduirez donc directement le poids des déchets à incinérer. Mais n’oubliez pas que si les poules se nourrissent de vos déchets alimentaires, elles les transforment ensuite en… oeufs ! »
    Remarquable, non
    Et on pourrait multiplier les exemples.

    Toutes ces initiatives, qu’elles viennent du public ou du privé, vont dans le bon sens et finiront par inspirer, nous l’espérons, une authentique politique en faveur du développement durable de grande envergure tant au plan national qu’au plan international, empêchant peut-être que notre Terre se transforme un jour en désert.

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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