Une affaire des plus « LUSH »

    Une affaire des plus "LUSH"Un fabricant peut-il affirmer de ses produits qu’ils sont « frais, écologiques et végétariens » s’ils contiennent des parabènes ? Nous allons essayer de répondre à cette question en évoquant une affaire qui nous paraît assez emblématique.

    Il n’aura pas échappé aux visiteurs que Primum-Non-Nocere s’inquiéte particulièrement du grave problème des conservateurs qu’on nous fait absorber tous les jours, notamment via les cosmétiques, et plus particulièrement des parabènes dont ces produits sont abondamment pourvus.

    Certes il existe en France une Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes dont le titre évoque parfaitement le rôle sans que nous ayons à le commenter; nous bénéficions aussi de la très officielle AFSSAPS ( particulièrement épinglée ces derniers temps dans l’affaire du Médiator et des hormones dites « de croissance ») et last but not the least, un Journal de la Publicité, censé vérifier que la dite publicité obéit à des règles déontologiques précises sinon évidentes. Tous organismes coûteux qui devraient nous protéger de produits à la publicité, sinon mensongère, du moins trompeuse et déloyale.

    Le mot et la chose

    Aussi avons-nous cru rêver lorsque nous sommes tombés sur la présentation des produits de la société « LUSH  » affirmant fabriquer « à la main » des  produits « frais » « naturels » et même « écologiques et végétariens » ! Stupeur qu’on comprendra aisément lorsque analysant la composition des dits produits « frais » fabriqués à partir de « substances naturelles », « écologiques et végétaliennes » donc….. nous nous sommes aperçus qu’ils contenaient des parabènes !

    Indignation sans doute prévue par LUSH qui prend les devants et fait patte de velours en affirmant sur son site récemment actualisé :  » Quand cela s’avère nécessaire, nous employons du parahydroxybenzoate de propyle et du parahydroxybenzoate de méthyle. Ces parabens font partie des plus anciens utilisés dans le domaine de la cosmétique, on s’en servait déjà dans les années 1920. C’est pour cela que nous savons tout à leur sujet. Plus de 500 études indépendantes ont été effectuées depuis des décennies concernant leur innocuité. Ils sont largement employés de par le monde et approuvés par les autorités mondiales.

    Il existe différentes sortes de parabens et celles-ci peuvent être utilisées conjointement car les esters de parabens sont fréquemment combinés. Cependant, chez Lush nous n’en utilisons que deux sortes et uniquement la moitié de la quantité autorisée. Ce niveau d’utilisation bas permet aussi de rendre le produit plus facilement biodégradable.

    Nous nous informons régulièrement sur les conservateurs mais les parabens demeurent les plus doux que nous puissions trouver. Ils ne perturbent pas la microflore naturelle de l’épiderme mais garantissent de manière efficace la qualité du produit. Ils sont sans danger pour les personnes qui fabriquent nos produits et procurent –dans le cas où leur utilisation est inévitable- un produit dont le client peut profiter sans risque.

    Sans vouloir faire du mauvais esprit, cette argumentation a déjà servi à toutes sortes de produits (nous évoquions le Médiator plus haut) dont de nombreuses « études » toutes plus « scientifiques » les une que les autres nous avaient affirmé qu’ils étaient parfaitement inoffensifs. Avec, à terme, les conséquences que nous avons connues.

    L’irresponsabilité des autorités « responsables »

    Nous nous sommes alors tournés vers le Journal de la Publicité pour savoir si LUSH observait bien, dans la présentation de ses produits et dans ses affirmations écologiques, tous  les critères  de  bonne foi qu’on est en droit d’attendre d’un fabricant qui ne prend pas les consommateurs pour des pigeons, végétariens ou non.

    La réponse du Journal de la Publicité devrait entrer dans une anthologie de la dérobade et de l’irresponsabilité avérée puisque la Vice-Président du JDP nous répondit en effet dans un message du 14 Octobre 2010 :

     » Nous vous informons que nous intervenons auprès de l’annonceur afin de solliciter  des éléments justificatifs qui viendraient à l’appui des indications « écologiques », « végétariens » et « cosmétiques faits à la main. » associées aux produits cosmétiques en vente sur le site de l’annonceur

    Nous vous tiendrons informé des éléments portés à notre connaissance.

    Nous vous remercions de l’intérêt que vous portez à notre instance. »

    On savourera l’humour de la chose : le JDP dont le rôle est de contrôler la publicité des annonceurs en toute indépendance s’en remet au dit annonceur pour justifier du bon aloi de ses allégations au lieu de les vérifier par lui même !

    Voici d’ailleurs les éléments essentiels de la réponse – à la syntaxe incertaine – faite par la société LUSH à la demande d’explication du JDP dans sa lettre du 19 Octobre 2009 : … » Lush fabrique et commercialise des cosmétiques frais et faits à la main [ici un lien url nous renvoie à une vidéo] dont l’ensemble de sa gamme est végétarienne au vue (sic) de la composition de ses produits (se référer à la liste d’ingrédients en français et accessible à tous).

    Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire et obligatoire d’avoir un label pour être engagé au niveau écologique. Plus de 60% de nos produits n’ont aucun emballage « …….

    Ainsi lorsque le Journal de la Publicité nous dit « rapprochez-vous du fabricant car il est seul à pouvoir vous répondre » le fabricant nous répond  » nos produits sont bien naturels, écologiques, végétariens et faits à la main : la preuve, c’est que nous l’affirmons dans nos vidéos publicitaires« . Nous sommes en plein dans un film des Marx Brothers. En plus tragique.

    Que peut faire le consommateur affronté à des messages publicitaires aussi ambigüs ?

    Car nous qui avons des responsabilités dans le domaine de la santé, médecins, notamment gynécologues et obstétriciens, dermatologues, pédiatres, infirmières, puéricultrices, sages femmes, mais aussi directeurs d’hôpitaux ou de cliniques, que pourrons nous répondre lorsque des mamans demandent ce qu’elles peuvent utiliser en matière de cosmétiques qui ne risquent pas de nuire à elles mêmes et à leur bébé, alors qu’un fabricant peut affirmer à loisir mettre sur le marché des produits « écologiques et végétariens » tout en utilisant des parabènes ? Avec la bénédiction implicite des autorités de tutelle qui semblent regarder ailleurs : DGCCRF, AFSSAPS, JDP, pour ne rien dire des ministres eux mêmes qui ont mieux à faire avec les scandales sanitaires et financiers sous lesquels ils menacent de disparaître.

    Il peut protester, écrire, demander des comptes et secouer le cocotier, comme Primum-Non-Nocere l’a fait : c’est le seul moyen de faire avancer les choses.

    Le cas de cette « affaire LUSH » est emblématique et encourageant.

    Pourquoi ? Parce que notre démarche et nos protestations ont remplacé la carence de ceux qui sont payés pour protéger le consommateur. Nous voulons qu’on nous dise si une société qui utilise des parabènes peut, en toute bonne foi ou non, prétendre fabriquer des produits « à 70 ou 75%  naturels et végétariens« .

    Si c’est  non, nous continuerons à dénoncer ce type de comportement jusqu’à ce que justice soit rendue au consommateur.

    Si c’est oui, nous tourmenterons les responsables jusqu’à ce que la loi soit modifiée et des mesures de protection réellement prises. A 100%.

    Justement, il y a peu, le monde politique  a été doté de ministres tout neufs qui auront peut-être à cœur de mettre un peu de clarté et de rigueur dans le monde opaque de la publicité pour les produits qui, de près ou de loin, touchent à notre santé.

    Il s’agit de Xavier Bertrand, ministre du travail et de la santé (poste qu’il occupa dans un précédent gouvernement) de Nora Berra secrétaire d’Etat à la santé encore peu connue, sans oublier Frédéric Lefebvre, nommé secrétaire d’État, chargé du Commerce, de l’Artisanat, des PME, du Tourisme, des services, des Professions libérales et de la Consommation, auprès du Ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie.

    Auront-ils à cœur de nettoyer les écuries d’Augias de ces tas de substances chimiques qui y trainent encore, mélangées sournoisement à l’avoine des pauvres mulets-consommateurs que nous sommes ? Nous le saurons assez vite.

    Olivier TOMA – Primum-Non-Nocere,

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    • Après avoir dirigé plusieurs établissements de santé, il crée en 2005 le Comité de Développement Durable en Santé (C2DS). En 2009, il fonde l’agence de conseil Primum Non Nocere©, qui accompagne les établissements sanitaires et médico-sociaux dans la mise en d'une démarche de développement durable. Auteur de deux ouvrages : "Le développement durable et solidaire en santé" et "Hippocrate, au secours", il est également un artiste-peintre confirmé, avec plus de 600 œuvres à son actif exposées de Paris à New-York. Mais Olivier Toma, c'est avant tout le pionnier du développement durable en santé. Voilà près de 20 ans qu'il œuvre pour impulser une dynamique de développement durable dans les structures sanitaires et médico-sociales. Il est d'ailleurs à l'origine de la première éco-clinique de France respectant le label HQE, et a également créé le diplôme universitaire «Droit et gestion du développement durable en santé», à l’université de Montpellier. Engagé et passionné, il est force de propositions, d'idées et d'outils concrets mais il est surtout porteur d'une volonté farouche de créer un futur aux établissements sanitaires et médico-sociaux dans le respect du développement durable : " Imaginons un centre de lutte contre le cancer construit avec des matériaux non cancérigènes, une maison de retraite nettoyée à l’aide de produits moins nocifs pour les résidents qui les inhalent et les professionnels qui les manipulent, qui saurait trier et recycler ses déchets, évacuer de façon saine tous ses effluents, recycler les quantités colossales d’eau qu’elle consomme. Imaginons une clinique conçue en harmonie avec son environnement et fonctionnant avec des énergies vertes, ou encore un hôpital n’utilisant que des dispositifs médicaux exempts de toute toxicité, qui ne se contenterait plus d’une approche curative mais s’appliquerait à rendre ses patients acteurs de leur propre santé au travers d’actions d'éducation et de prévention,...'' Riche de convictions, Olivier Toma a l'art de convaincre et transmettre cette envie d’agir dans un seul objectif : faire avancer les hommes vers un monde meilleur et durable.

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