Une agression bruxelloise contre les abeilles

    abeillesL’association POLLINIS qui se consacre à la défense des abeilles (cf. « Un toît pour les abeilles« ) vient de lancer une pétition pour contrer le « tour de force à Bruxelles [où] les lobbies agrochimistes ont réussi, en violation du droit européen, à faire autoriser un pesticide dernière génération – le Sulfoxaflor – qui est très dangereux pour les abeilles et vient d’être interdit aux USA ». Et cela en pleine bataille sur les néonicotinoïdes et, comme nous l’écrivions, plus haut (mais il vaut mieux le répéter) en violation du droit européen censé protéger les abeilles et les pollinisateurs !

    POLLINIS demande donc qu’on l’aide à faire pression sur le Parlement Européen pour que l’affaire soit portée devant la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) et pour que la violation du règlement CE n°1107/2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques et la protection des abeilles et pollinisateurs soit sanctionnée, et annulée l’autorisation de ce nouveau poison bientôt répandu dans nos champs sans égard pour la destruction massive des abeilles qu’elle entraînera et, au-delà, l’atteinte à l’alimentation et à la santé des populations qui y seront exposées d’une manière ou d’une autre.

    Comment en est-on arrivé là ?

    L’histoire est édifiante quant aux procédés très habiles de lobbying mis en œuvre à Bruxelles par les industries agrochimiques.

    Voici comment POLLINIS résume l’affaire :
    « Alors que la Commission européenne s’apprêtait enfin, après des mobilisations à répétition des citoyens, de la communauté scientifique, des apiculteurs et des associations environnementales, à interdire pour de bon trois pesticides néonicotinoïdes mortels pour les abeilles, l’industrie agrochimique sort une nouvelle substance : le Sulfoxaflor.

    Une façon pour les firmes agrochimiques de prendre une longueur d’avance, et de sécuriser leurs profits malgré l’interdiction des néonicotinoïdes.
    Seulement voilà : le Sulfoxaflor, tout comme les trois néonicotinoïdes bientôt interdits, est très dangereux pour les abeilles !
    « Or, les règlements européens prévoient que, avant toute mise sur le marché d’un pesticide, l’industrie qui le produit doit fournir des preuves scientifiques de son innocuité sur les abeilles, preuves que Dow AgroScience, la firme agrochimique qui produit le Sulfoxaflor, a été incapable de fournir… D’ailleurs, l’autorité sanitaire européenne – l’EFSA – elle-même reconnaît qu’il existe un « risque élevé pour les abeilles » à autoriser ce produit en Europe.
    « … et malgré la règlementation européenne, très claire sur la protection des pollinisateurs et l’obligation de tests-abeilles avant toute approbation d’un nouveau produit…… le 27 juillet, les institutions européennes autorisent l’utilisation du Sulfoxaflor en Europe – faisant fi des risques majeurs pour les abeilles et l’environnement, et en infraction totale avec les directives européennes sur les produits phytosanitaires !
    « Et le comble : elles ont donné à la firme agrochimique Dow AgroScience un délai de deux ans pour fournir des données sur l’effet du pesticide sur les abeilles !
    « Deux années pendant lesquelles le Sulfoxaflor sera largement utilisé sur les cultures en Europe, décimant les colonies d’abeilles, s’infiltrant dans les sols et les nappes phréatiques, et faisant potentiellement des dégâts sur l’environnement et les insectes auxiliaires de l’agriculture que personne ne peut évaluer à l’heure actuelle.
    « Mais deux années pendant lesquelles les agrochimistes pourront tranquillement encaisser les profits qu’ils tirent de la commercialisation de cette substance… quitte à sacrifier l’environnement, notre alimentation et notre santé à tous !
    « C’est inadmissible !
    Une réaction possible
    « Il n’est pas tolérable que la Commission européenne viole ainsi impunément le droit européen qu’elle est pourtant censée garantir, et accepte de fermer les yeux sur les risques pour les abeilles et l’agriculture, pour satisfaire aux exigences de grandes firmes agrochimiques !
    « L’affaire doit être portée à la Cour de Justice de l’Union européenne – mais pour ça, il faut que le Parlement en fasse la demande. Et pour convaincre les parlementaires de s’emparer du dossier, [Pollinis ne voit pas] de moyen plus efficace qu’une grande vague de pression de leurs électeurs à travers toute l’Europe…..
    « Ce qu’il se passe aujourd’hui en Europe, c’est exactement ce qui est arrivé aux Etats-Unis, il y a deux ans : ce même pesticide- le Sulfoxaflor – a été autorisé de façon toute aussi douteuse, sans que les tests-abeilles qui sont obligatoires là-bas aussi n’aient été menés. Du coup, associations et apiculteurs ont dû former une coalition, prendre des avocats, entamer un recours juridique…… et ils ont obtenu gain de cause !
    « Une Cour d’Appel vient d’annuler l’autorisation de mise sur le marché du Sulfoxaflor aux Etats-Unis, à cause de l’irrégularité de sa procédure d’approbation, et le manquement à la loi rendant obligatoires les tests d’innocuités sur les abeilles.
    « C’est une belle victoire. Mais il leur a fallu deux ans – et beaucoup d’argent – pour l’obtenir…
    « Essayons de faire gagner ces deux années à nos abeilles en Europe : coupons court dès maintenant à ce passe-droit honteux des lobbies agrochimiques à Bruxelles en faisant porter immédiatement l’affaire à la Cour de Justice européenne ! »

    Nous ne saurions trop soutenir une telle initiative et à PRIMUM-NON-NOCERE nous voulons contribuer à corriger les disfonctionnements intolérables de la Commission et des industries agrochimiques.

    C’est pourquoi nous relayons bien volontiers la Pétition lancée par POLLINIS pour saisir l’Assemblée européenne et la CEDJ.
    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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    • Après avoir dirigé plusieurs établissements de santé, il crée en 2005 le Comité de Développement Durable en Santé (C2DS). En 2009, il fonde l’agence de conseil Primum Non Nocere©, qui accompagne les établissements sanitaires et médico-sociaux dans la mise en d'une démarche de développement durable. Auteur de deux ouvrages : "Le développement durable et solidaire en santé" et "Hippocrate, au secours", il est également un artiste-peintre confirmé, avec plus de 600 œuvres à son actif exposées de Paris à New-York. Mais Olivier Toma, c'est avant tout le pionnier du développement durable en santé. Voilà près de 20 ans qu'il œuvre pour impulser une dynamique de développement durable dans les structures sanitaires et médico-sociales. Il est d'ailleurs à l'origine de la première éco-clinique de France respectant le label HQE, et a également créé le diplôme universitaire «Droit et gestion du développement durable en santé», à l’université de Montpellier. Engagé et passionné, il est force de propositions, d'idées et d'outils concrets mais il est surtout porteur d'une volonté farouche de créer un futur aux établissements sanitaires et médico-sociaux dans le respect du développement durable : " Imaginons un centre de lutte contre le cancer construit avec des matériaux non cancérigènes, une maison de retraite nettoyée à l’aide de produits moins nocifs pour les résidents qui les inhalent et les professionnels qui les manipulent, qui saurait trier et recycler ses déchets, évacuer de façon saine tous ses effluents, recycler les quantités colossales d’eau qu’elle consomme. Imaginons une clinique conçue en harmonie avec son environnement et fonctionnant avec des énergies vertes, ou encore un hôpital n’utilisant que des dispositifs médicaux exempts de toute toxicité, qui ne se contenterait plus d’une approche curative mais s’appliquerait à rendre ses patients acteurs de leur propre santé au travers d’actions d'éducation et de prévention,...'' Riche de convictions, Olivier Toma a l'art de convaincre et transmettre cette envie d’agir dans un seul objectif : faire avancer les hommes vers un monde meilleur et durable.

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