Les épurateurs d’air mis au pilori par l’Anses.

    AIR

    Le problème de la qualité de l’air intérieur (QAI) est un de ceux qui nous préoccupent particulièrement.

    Visiblement, il inquiète aussi les services de l’Anses. En particulier l’Anses s’inquiète des performances des épurateurs d’air intérieur. Et son avis est sans appel : ces épurateurs sont non seulement peu efficaces contre les polluants dont ils sont censés nous protéger, mais ils en rajoutent en produisant des molécules à air intérieur déjà très toxique.

    L’affaire n’est pas anodine puisque d’une part nous passons 80% de notre temps dans des intérieurs (domestiques ou professionnels) et que d’autre part le marché de « l’épuration domestique » représente aujourd’hui 170 millions d’euros et est en pleine expansion.

    Que devons-nous faire pour respirer un air (relativement) pur ?

    Ouvrir grand nos fenêtres ?

    • Diffuser des sprays « garantis » assainir notre atmosphère ?
    • Acheter un épurateur d’air intérieur ?

    Après étude de marché, analyse des techniques disponibles et recours à la documentation scientifique, l’Anses pense pouvoir répondre à ces questions et nous offrir la capacité de choisir en toute sécurité.

     

    Quels dispositifs le « marché » met-il à notre disposition ?

     

    Il y en a actuellement trois :

    • dispositifs qui affirment détruire ou piéger les polluants,
    • matériaux de construction ou de décoration censés présenter des propriétés dépolluantes
    • sprays assainissants.

     

    Aucun des trois dispositifs n’a réussi à convaincre l’Anses de son efficacité :

    C’est pourquoi elle peut écrire dans son étude : «Pour prévenir des risques liés à une mauvaise qualité de l’air intérieur, il convient en premier lieu de limiter toutes les sources de pollution pouvant affecter la qualité de l’air intérieur [et de] ventiler et aérer

     

    Mais à l’inefficacité constatée, l’Agence a pu associer la nocivité.

    En effet, il est apparu que certains dispositifs rajoutent des polluants à un air déjà saturé ! C’est pourquoi l’Anses préconise

    « d’informer la population des risques potentiels d’une dégradation de la qualité de l’air intérieur lors de l’utilisation de certains appareils d’épuration« .

    Conseil qui s’adresse particulièrement aux asthmatiques qui usent de dispositifs diffusant des huiles essentielles ou de l’ozone.

    Comment peut-on arriver à polluer en prétendant dépolluer ?

    Plusieurs moyens s’offrent à l’ingéniosité des fabricants :

    • Le dispositif produit (de manière non-intentionnelle espère-t-on !) des émissions primaires. Ex : de l’ozone émis par les ozonateurs, mais également par les plasmas.
    • Ou alors il émet des sous-produits liés à la dégradation incomplète des polluants. Exemple: formation de formaldéhyde du fait d’une dégradation incomplète de l’éthanol par photocatalyse.
    • Mais ce n’est pas tout : il peut se former des polluants secondaires produits par les interactions entre les substances générées par l’épurateur et les polluants présents dans les environnements intérieurs. Exemple : particules secondaires produits par les réactions déclenchées entre de l’ozone émis par un épurateur à plasma et des terpènes présents dans l’air intérieur.
    • On peut obtenir aussi des émissions secondaires liées aux interactions physiques, chimiques ou biologiques entre les polluants piégés dans l’épurateur et des polluants de l’air intérieur. Exemple: réactions de polluants de l’air intérieur avec de l’ozone piégé dans le filtre à charbon actif.

    Opacité scientifique et technique

    Le moins qu’on puisse dire c’est que l’assurance d’une efficacité possible des dispositifs mis sur le marché repose plus sur un acte de foi que sur des données scientifiques et techniques vérifiables.

    • Certains prétendent cibler une substance spécifique ou un mélange de polluants. Sont principalement visés les composés organiques volatils (COV) (75%), les virus, bactéries et moisissures (68%), les particules (58%) et les allergènes (pollens, acariens) (54%).
    • D’autres sont championnes de la lutte contre la fumée de cigarette, les odeurs, ou «les polluants de l’air».

    « On peut toujours y croire ! »

    semble nous dire l’Anses qui constate que de tels résultats sont impossibles à démontrer, du simple fait qu’il existe « peu d’études sur les effets, bénéfiques ou délétères, sur la santé à court terme associés à l’utilisation d’épurateurs d’air, et qu’aucune étude sur les effets à long terme n’a été identifiée dans la littérature scientifique ».

    L’achat (coûteux) d’un tel dispositif relève donc bien, comme nous le disions plus haut, d’un acte de foi….risqué. On est loin du pari de Pascal.

     

    Mettre de l’ordre par la Certification

    auteur @yanalya

    Le « marché » (sourd et aveugle à la morale, à la justice et souvent au droit lui-même)  offre déjà le choix entre 500 dispositifs différents.

    Il est donc évident que nos responsables doivent de toute urgence mettre en place une Certification de chaque dispositif prétendument épurateur de l’air intérieur. Évidence qui n’échappe pas à la sagacité de l’Anses bien sûr.

    Devraient être dûment contrôlés et certifiés :

    • l’efficacité du dispositif à réduire le ou les polluant(s) visé(s),
    • les émissions de polluants liées au fonctionnement du dispositif,
    • les émissions de sous-produits, issues de la dégradation incomplète de polluants,
    • les réactions des émissions du dispositif avec des polluants présents dans l’environnement intérieur,
    • les effets du vieillissement du dispositif sur l’efficacité et l’émission de polluants et de sous-produits de dégradation.

    Le menu est roboratif mais insuffisant si les contrôles qui le composent ne sont pas conduits dans les conditions les plus proches possibles de conditions d’utilisation du produit, dans différents environnements ciblés. L’Anses n’a pas manqué d’insister sur ce point sans lequel tout l’édifice de contrôle pourrait s’avérer inopérant.

     

    Les Sprays, leurs vertus illusoires et leurs dangers réels.

    L’Anses, dans son étude, semble avoir négligé un domaine important de cette industrie prétendument « assainissante » : celui des  sprays. On nous dit que c’est parce qu’ils vont faire l’objet d’une évaluation à venir du fait de la mise en place  du règlement européen sur les produits biocides. Combien de millions de sprays seront-ils vendus d’ici là ? Combien de maladies respiratoires vont-ils déclencher ou aggraver ?

    L’Agence rappelle pourtant la parution de deux études récentes portant sur les émissions de COV à des niveaux préoccupants (et publiés par « Soixante millions de consommateurs »).

    Elle s’inquiète aussi de la présence possible de nanoparticules dans l’air, générée par les matériaux photocatalytiques, particulièrement  dans leur phase de vieillissement. Cette présence n’apparaît pas dans les deux études évoquées ou, de moins, n’a-t-elle pas été identifiée, mais les résultats récents du projet de recherche IMP-AIR [1] (CSTB, CEA), viennent combler ce vide en indiquant que l’abrasion des surfaces nano-additivées des matériaux photocatalytiques pourrait produire des particules nanométriques, «sans qu’aucune conclusion sanitaire ne puisse être tirée à ce stade».

    Quels dégâts sanitaires faudra-t-il enregistrer pour qu’on « puisse enfin tirer une conclusion ? »

    Pour notre part, nous constatons avec un certain effroi, la présence indiscrète sur nos écrans de télé, de très nombreuses publicités vantant la qualité des sprays « purificateurs d’atmosphère » censés, par définition, assainir l’air que nos enfants et nous-mêmes respirons mais, qui en fait polluent énormément et nous intoxiquent…

    Le constat est une chose, l’action lui est supérieure. Aussi  avons-nous décidé de faire un courrier aux différentes chaines de TV pour leur demander de réduire la présence de ces publicités qui, au final, contribuent à la toxicité de notre environnement quotidien…

    En attendant leur contrôle rigoureux ou leur interdiction si nécessaire….

     

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

     

    [1] ‘Impact des matériaux photocatalytiques sur la qualité de l’air des environnements intérieurs’

     

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