Un « impensé » du réchauffement climatique ? le risque infectieux.

    Un "impensé" du réchauffement climatique ? le risque infectieux.

    aedesEt pourtant – d’après Serge Morand, scientifique spécialiste en écologie, parasitologie et biologie de l’évolution qui travaille sur les conséquences des changements environnementaux sur l’évolution des communautés de rongeurs, de leurs parasites et de leurs pathogènes pour le compte du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) : « les agents infectieux sont transmis par des hôtes intermédiaires, par l’eau ou par l’air. À partir du moment où il y a une phase libre, il y a forcement une influence de la température et de l’hygrométrie……..Les périodes chaudes et humides sont en général bonnes pour les vecteurs, contrairement aux périodes froides et sèches ».

    Pour lui, les cycles de développement des parasites et des virus sont directement affectés par « l’enveloppe climatique », de même que les modifications des températures moyennes pourront modifier la survie des pathogènes.
    Nous avons vu apparaître la dengue et le chikungunya dans nos DOM (Martinique, Guadeloupe, Guyane) puis dans le sud de la France métropolitaine où le climat se prête de mieux en mieux à la prospérité du moustique tigre (Aedes albopictus).
    Phénomène prévu par le CIRAD. Et Serge Morand précise : « Les modélisations de niches environnementales avaient montré que le sud de la France était favorable à l’installation du moustique… ces cartes publiées deux ou trois ans avant son implantation se sont révélées exactes. Les modèles actuels montrent qu’il pourrait s’implanter dans le sillon rhodanien vers Bordeaux, puis remonter la Loire. C’est d’ailleurs ce que l’on observe actuellement ».
    Pas de quoi se réjouir.

    Les systèmes de santé en alerte ?

    Mais il y a différence entre implantation d’un nouvel agent pathogène et un réel problème de santé publique. Le chercheur cité plus haut affirme même qu’« il y a le potentiel de transmissibilité et puis il y a la transmissibilité réelle. Le système de santé français est performant : les ARS surveillent les cas de dengue qui rentrent en France et disposent d’un système de réaction très rapide et des ententes interdépartementales de démoustication. On craignait que la fièvre du Nil ne s’implante en Camargue, cela n’a pas été le cas, mais les services de santé étaient prêts. »
    Nous voilà rassurés !

    Aux dernières nouvelles données par l’InVS, nous avons eu affaire à

    • 127 cas confirmés de dengue, importés en 2015 dont seulement 6 étaient des cas autochtones, contre
    • 30 cas confirmés importés de chikungunya pour la même année.

    Mais à côté de la dengue et du chikungunya très médiatisés, il y a le cas de hantavirus, qui provoquent des fièvres hémorragiques. La transmission est assurée par des rongeurs synantropiques, [qui vivent à proximité des habitats humains]. Le problème ici est aggravé par « la baisse de la biodiversité des rongeurs [qui] favorise ces rongeurs synantropiques qui augmentent en densité et risquent de jouer un rôle de réservoir….. Si, en plus, les conditions climatiques sont favorables aux virus, on a un effet « spillover » qui favorise le passage du rongeur à l’humain. »

    Respirez ! La France semble provisoirement épargnée par les hantavirus, mais ces pathogènes sont déjà repérés aux Pays-Bas et en Belgique. Pas bien loin de chez nous donc.
    Des épisodes de transmissions entre rongeur et humain ont été décrits aux USA, mais pas de transmissions interhumaines. Pas de quoi pavoiser pourtant car Serge Morand émet l’hypothèse qu’ « on pourrait se diriger vers le même cas de figure que la rage où l’homme est une sorte d’hôte cul-de-sac« . Charmant présage.

    Quid des maladies saisonnières ?
    Voilà un domaine sensible à la variabilité climatique. Les oscillations de l’Atlantique Nord, anomalie de la température de la surface de l’Océan, se traduisent chez nous par des hivers doux et humides et des étés chauds et secs, à l’excès dans les deux cas. Et Serge Morand, décidément impitoyable, délivre son diagnostic : « Ces événements anormaux favorisent les épidémies de grippe et de gastro-entérite. De même, les infections alimentaires par les salmonelles la rougeole, les méningites virales ou la fièvre Q peuvent réagir. La littérature montre aussi que les infections à entérovirus, les shigelles et l’hépatite A, sont également influencées. »

    Décidément, il y a de quoi aspirer à l’apparition d’une nouvelle ère glaciaire.

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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    • Après avoir dirigé plusieurs établissements de santé, il crée en 2005 le Comité de Développement Durable en Santé (C2DS). En 2009, il fonde l’agence de conseil Primum Non Nocere©, qui accompagne les établissements sanitaires et médico-sociaux dans la mise en d'une démarche de développement durable. Auteur de deux ouvrages : "Le développement durable et solidaire en santé" et "Hippocrate, au secours", il est également un artiste-peintre confirmé, avec plus de 600 œuvres à son actif exposées de Paris à New-York. Mais Olivier Toma, c'est avant tout le pionnier du développement durable en santé. Voilà près de 20 ans qu'il œuvre pour impulser une dynamique de développement durable dans les structures sanitaires et médico-sociales. Il est d'ailleurs à l'origine de la première éco-clinique de France respectant le label HQE, et a également créé le diplôme universitaire «Droit et gestion du développement durable en santé», à l’université de Montpellier. Engagé et passionné, il est force de propositions, d'idées et d'outils concrets mais il est surtout porteur d'une volonté farouche de créer un futur aux établissements sanitaires et médico-sociaux dans le respect du développement durable : " Imaginons un centre de lutte contre le cancer construit avec des matériaux non cancérigènes, une maison de retraite nettoyée à l’aide de produits moins nocifs pour les résidents qui les inhalent et les professionnels qui les manipulent, qui saurait trier et recycler ses déchets, évacuer de façon saine tous ses effluents, recycler les quantités colossales d’eau qu’elle consomme. Imaginons une clinique conçue en harmonie avec son environnement et fonctionnant avec des énergies vertes, ou encore un hôpital n’utilisant que des dispositifs médicaux exempts de toute toxicité, qui ne se contenterait plus d’une approche curative mais s’appliquerait à rendre ses patients acteurs de leur propre santé au travers d’actions d'éducation et de prévention,...'' Riche de convictions, Olivier Toma a l'art de convaincre et transmettre cette envie d’agir dans un seul objectif : faire avancer les hommes vers un monde meilleur et durable.

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