L’eau en bouteille n’est plus à l’abri : on y trouve des résidus de médicaments et de pesticides

    © Copyright 2012 CorbisCorporation60 Millions de consommateurs et la Fondation France Libertés, ont fait analyser des eaux en bouteille. Conclusions : les eaux minérales sont elles aussi exposées aux nuisances chimiques liées aux activités humaines. Comme l’eau du robinet.

    Ainsi l’analyse a-t-elle permis de déceler une hormone de synthèse, des vasodilatateurs et des désherbants dans des eaux en bouteille. L’opération destinée à faire la qualité de l’eau en France et la pertinence des prix, a conduit les deux organismes à rechercher 85 molécules, parmi 47 bouteilles d’eau, 3 bonbonnes d’eau et une dizaine d’échantillons d’eau du robinet prélevés dans 3 départements.

    Conclusion : «certains [des polluants] étaient plus susceptibles d’être retrouvés dans l’eau en bouteille, et d’autres dans l’eau du robinet». Et surtout certains des polluants régulièrement retrouvés dans l’eau du robinet sont également présents dans l’eau en bouteille.

    Ex : le tamoxifène, très utilisée dans les cancers du sein, avec de nombreux effets secondaires. En quantité infime certes «Mais c’est suffisant pour qu’on s’interroge sur la pureté originelle imposée par la réglementation des eaux minérales» commente un responsable de l’étude. En France, nous disposons de 158 eaux conditionnées: 78 eaux minérales naturelles, 74 eaux de source et 6 eaux rendues potables par traitement. C’est aux agences régionales de santé (ARS) une fois de plus sur la sellette, de tester la qualité de ces eaux en fonction de différents paramètres notamment microbiologiques, physicochimiques généraux, minéraux, organiques (dont les pesticides) et d’indicateurs de radioactivité.

    Prenons les eaux en bouteilles. Sur les 47 analysées, 10 contenaient des résidus de médicaments et de pesticides. On y a retrouvé aussi des traces d’Atrazine et d’Hydroxyatrazine – des désherbantinterdits depuis 2003 ! – du Buflomédil et du Naftidrofuryl – des vasodilatateurs.

    Pour l’eau du robinet sur les 10 prélèvements effectués, 8 contenaient 1 à 4 des 85 molécules recherchées. Lesquelles ? des pesticides et des résidus de médicaments (tamoxifène décelé surtout en milieu urbain). Quant aux 3 bonbonnes restantes, elles contenaient des traces de perturbateurs endocriniens (diéthlphtalate, bisphénol A), ainsi que de l’Atrazine.

    Sont d’abord mis en cause  la façon dont les structures de santé et les particuliers se débarrassent des médicaments. Viennent ensuite les rejets naturels : la miction constitue une cause de contamination du milieu.

    Jugement sévère du responsables d’un des responsables de l’étude : «On sent bien que la protection de la ressource en eau n’est une urgence ni pour le ministère de l’écologie, ni pour les gens. Pourtant, trouver des polluants dans l’eau du robinet aurait dû être une première alerte. En trouver dans l’eau en bouteille devrait imposer de mettre en place d’urgence des nouvelles pratiques!»

    On ne le lui fait pas dire. D’ailleurs nous avons nous même dénoncé ce laxisme en long et en large dans notre ouvrage « Hippocrate, au secours !… »

    Pourtant 60 millions de consommateurs et France Libertés. évitent de mettre les embouteilleurs en cause – car les pollutions existent, toutes marques confondues – mais, de manière plus inquiétante encore, ils expriment leur inquiétude quant à « la qualité de la ressource globale« . Ce qui, en bon Français, veut dire que quelle que soit leur bonne volonté, les embouteilleurs ne peuvent embouteiller que les eaux qui leur sont offertes : or celles-ci sont polluées. Qui est responsable ?

    Certes les micropolluants sont présents en très faibles teneurs», mais, «leur variété interroge sur les potentiels effets cocktails». Là aussi cette enquête fait écho à nos pages consacrées aux dangers de la multi-exposition.

    Comme on pouvait s’y attendre, la chambre syndicale des eaux minérales conteste les résultats de cette étude et indique avoir procédé à une contre-expertise par un « laboratoire indépendant » du CNRS au sein de l’université de Bordeaux. Ce qui lui permet d’affirmer par écrit : «Il n’y a aucun résidu de médicaments dans les eaux minérales (…), elles sont parfaitement conformes aux normes en vigueur en France, et vont même au-delà de ce qu’exige la réglementation».

    Contre-attaque de 60 Millions de consommateurs et de la Fondation France Libertés qui disent avoir procédé aux mêmes analyses sur les mêmes échantillons à deux reprises pour répondre aux arguments des minéraliers, et dont la. « seconde analyse a confirmé » la pollution précédemment mise en lumière.

    Ce qui les conduit à lancer un manifeste pour l’eau potable et à demander l’organisation d’assises nationales de l’eau.

    Nous ne pouvons que les encourager à persister dans cette initiative.

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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