Les aînés et les écoliers européens respirent un air insalubre

    QAI RETNos aînés

    L’European respiratory Journal du 12 mars courant nous apprend que la qualité de l’air intérieur (QAI) des maisons de retraite constitue un facteur préoccupant pour la santé pulmonaire des résidents.
    La présence de cinq polluants de l’air intérieur – particules fines de 10 microns (PM10), ultra-fines (PM0.1), formaldéhyde, dioxyde d’azote (NO2) et ozone (O3) – a été relevée par les chercheurs. Les sources mises en cause : le chauffage, les matériaux de construction, le mobilier, les produits nettoyants et de ménage, les désinfectants et les systèmes de refroidissement.
    Les niveaux de concentration de ces polluants ont été relevés dans 50 maisons de retraite de 7 pays (Belgique, Danemark, France, Grèce, Italie, Pologne et Suède) pour une population de 600 résidents âgés de plus de 65 ans (82 ans en moyenne)
    Les participants ont été soumis aux tests de la fonction pulmonaire et on leur a soumis un questionnaire de santé. Il est apparu que l’exposition à des niveaux élevés de PM10 et de NO2 entraîne essoufflement et toux. Les hauts niveaux de PM0.1 eux, entraînent sifflements dans la poitrine et les hautes concentrations de formaldéhyde provoquent bronchopneumopathie obstructive chronique (BPCO).
    De plus il apparaît que ces divers disfonctionnements apparaissent avec des concentrations plus modérées de polluants de l’air intérieur et même inférieures à celles des directives internationales existantes.
    Ce sont les foyers mal ventilés et chez les résidents les plus âgés (+ de 80 ans) qui fournissent les résultats les plus négatifs. Or notre espérance de vie s’allongeant, les maisons de retraite abritent une population de plus en plus nombreuse dont la santé est de plus en plus dépendantes de la pollution de l’air.
    Notons la déclaration de la directrice de recherche Inserm, responsable de l’étude : « Nos résultats montrent l’effet indépendant de plusieurs polluants de l’air intérieur sur la santé pulmonaire des personnes âgées vivant en maison de retraite. Le problème est préoccupant puisque la capacité de l’organisme à traiter les polluants nuisibles de l’air diminue avec l’âge. Les maisons de retraite devraient accroître leurs efforts pour diminuer la pollution de l’air intérieur en limitant ses sources, et en améliorant la ventilation de leurs bâtiments. La santé respiratoire des résidents devrait également faire l’objet de vérifications régulières. »
    Et celle du président de l’European Lung Foundation : « La majorité des maladies pulmonaires peuvent être évitées. Nous devons donc nous concentrer sur des stratégies ciblant les facteurs de risque liés à ces maladies. Ces résultats viennent s’ajouter aux preuves confirmant que la pollution de l’air intérieur est l’un de ces facteurs de risque. Nous devons sensibiliser l’opinion là-dessus, avec des campagnes telles que Healthy Lungs for Life (des poumons sains pour la vie), afin que le public, les patients, les professionnels des soins de santé et les décideurs politiques comprennent l’importance de respirer un air propre pour prévenir la survenue de maladies. »
    Il faudra entamer des recherches supplémentaires pour évaluer avec plus de précision des méthodes de prévention plus efficaces.

    QAI ECONos enfants

    Il semble que ce soit encore pire. Un grand nombre d’écoliers de l’Union européenne (UE) sont exposés à plusieurs polluants dont la concentration dépasse largement les normes officiellement admises, et risquent des problèmes respiratoires et même des troubles de la concentration.
    C’est ce qu’enseigne le projet Sinphonie, financé par la Commission européenne, et dont les premiers résultats, viennent d’être publiés.
    Et de nous indiquer quelques chiffres :
    114 écoles ont été évaluées dans 23 pays européens ; la valeur médiane des particules fines (PM2,5). étant de 37 µg/m3 d’air, on constate que 50% des écoles se situent au dessus de cette moyenne. Ce qui nous donne 85% des 5175 écoliers respirant un air présentant un taux de PM2,5 dépassant le seuil de 10 µg/m3 fixé par l’OMS pour l’exposition au long terme ; et 65% d’entre eux respirent un air pollué à raison de 25 µg/m3 sur le court terme.
    Mais ce n’est pas tout :
    – environ 50% des enfants subissent les effets d’un seuil de 100 Becquerel/m3 pour le radon, presque 25% dépassent celui de 5 µg/m3 pour le benzène
    – plus de 60% celui de 10 µg/m3 pour le formaldéhyde.
    – quant au taux médian de CO2 – 1.257 ppm – il dépasse largement le seuil conseillé par l’OMS : 1.000 ppm.
    Apparaissent clairement comme causes de cet été de fait, la mauvaise ventilation des écoles : 86% des écoliers ne disposent pas des 4 litres/seconde indispensables, le surnombre dans les classes aggravant cette situation. D’où crises d’asthme (au moins une fois à l’école pour 3,6% des enfants), – irritations nasales et cutanées – maux de tête, bien sûr plus fréquents dans les écoles les plus polluées.
    Les résultats sont en cours d’analyse à l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique. Ils devraient permettre de mieux saisir le rapport entre QAI, problèmes sanitaires et troubles de l’apprentissage, car, pour ces derniers, il est apparu dans «plusieurs études [qu’il existait] un lien dans ce sens».
    Il semblerait que les meilleurs résultats apparaissent en Suède, et dans le Nord de l’Europe en général. L’Europe centrale, de l’est et du sud, apparaissent comme les mauvais élèves de la classe. Et chez nous ? «La France se situe au milieu», dit la responsable de l’étude qui n’est pourtant pas normande.
    Comme quoi il reste encore de grands efforts à accomplir dans l’amélioration définitive de cette QAI. Nous pouvons contribuer à cet effort en nous inspirant de notre Fiche « 10 éco-gestes simples mais essentiels»

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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