Tampons hygiéniques et désherbant même danger ?

    PVC 3C’est l’équipe du professeur de chimie Damian Damiano de l’Université de La Plata (vous savez ? la fameuse bataille navale) qui a levé un sacré lièvre. D’après ses travaux présentés au 3ème Congrès argentin des populations exposées aux pesticides, 85 % des tampons contiendraient du Roundup, le redoutable désherbant de Monsanto.
    C’est une accusation d’autant plus grave que le glyphosate (nom savant du Roundup) a été classé « probablement cancérogène » par l’OMS !
    .
    Pourquoi cette alerte venue d’Argentine ?
    DEHPParce-que c’est un pays producteur de coton utilisant largement le roundup comme désherbant. Les chercheurs ont analysé des échantillons du coton brut et de la gaze qui servent à la fabrication de serviettes et de tampons, ainsi d’ailleurs que des compresses stériles.
    Ils ont même découvert que 65 % des échantillons présentaient des traces d’AMPA (acide amino méthyl phosphorique, un produit de dégradation du désherbant glyphosate).
    C’est pourquoi ils ont écrit dans leur rapport : « Le coton brut contient surtout de l’AMPA (39 µg/kg et 13 µg/kg de glyphosate), la gaze ne contient pas d’AMPA mais la concentration de Roundup y est importante (17 µg / kg). »

    Réactions
    pvc freeCommentaire – dans Science et Vie – d’un épidémiologiste de l’Inserm qui s’est spécialisé sur la question de l’impact sanitaire des polluants environnementaux en Argentine : « Le fait de trouver des traces de glyphosate sur du coton produit dans ce pays, où son emploi est courant dans la culture du coton, n’est absolument pas surprenant….Toute substance, d’origine naturelle ou artificielle, sauf si elle est parfaitement confinée, a tendance à se disséminer aux quatre coins du globe et en particulier sur les supports qui ont pu faire, à un moment, l’objet de traitements ou applications…..À titre d’anecdote, en 1993, un article scientifique décrivait la présence de centaines de composés volatiles, issus principalement de l’activité humaine, au pied de l’Himalaya ! » Nous voilà pleinement rassurés.

    Pertinence
    D’après lui il ne faut pas céder à l’alarmisme pour les produits d’hygiène féminine, car les travaux des chercheurs argentins sont à prendre « avec des pincettes » [le Pr Damian Damiano sera ravi]. « Ils n’ont fait » – dit-il – « l’objet d’aucune publication scientifique à ce jour. Or, les mesures analytiques environnementales sont délicates et il est nécessaire de connaître l’ensemble de la méthode pour juger de la pertinence de ces travaux….. De plus, si les chercheurs disposent vraiment de résultats susceptibles d’impacter la population, il est de leur devoir d’en informer les autorités sanitaires plutôt que d’en faire une diffusion publique« .
    De plus, il apparaît que les scientifiques argentins ne précisent pas la quantité d’échantillons de coton brut et de gaze analysée…

    L’éternelle argumentation dilatoire
    « On ignore si les niveaux d’exposition de glyphosate détectés peuvent entraîner un risque pour la santé » nous dit-on. C’est ainsi que Luc Multigner, spécialiste de l’Inserm, se veut absolument rassurant : « La question n’est pas tellement de savoir si l’on détecte ou pas une substance, mais de savoir si les niveaux d’exposition dans les conditions d’usage peuvent entraîner un risque ou pas …. Tant que cet aspect n’est pas formellement abordé, non seulement l’information sur la présence ou pas d’une substance dans telle ou telle matrice est dépourvue de sens, mais la diffusion d’une telle information risque de faire naître des craintes et des peurs injustifiées. »
    Et, décidément très en verve et fin rhétoricien, il précise qu’en Argentine : » l’on associe ces observations au cancer et autres problèmes de santé, sans considérer le risque réel. On confond trop fréquemment la notion de danger avec celle de risque ! »
    Subtil. Mais quand un enfant joue avec des allumettes, se demande-t-il s’il y a « danger » ou « risque » de mettre le feu à la maison ?

    Et la France ?
    Voilà une controverse sémantique qui ne risque pas de survenir chez nous !
    Pour la bonne et simple raison que les femmes françaises n’ont aucun moyen de savoir si les tampons ou serviettes hygiéniques qu’on leur vend, contiennent ou non du désherbant Roundup.
    Pourquoi ? Tout simplement parce-qu’aucune réglementation ne les protège en imposant aux industriels d’indiquer la composition des tampons hygiéniques qu’ils mettent sur le marché.
    C’est pourquoi une jeune femme a lancé une pétition sur le site Change-org l’été passé, pour contraindre Tampax à indiquer la composition de ses tampons sur ses emballages.
    Inutile de dire que cette initiative est restée lettre morte : aucune réponse de la part du fabricant malgré les 65.000 signatures réunies…

    Nos bébés en première ligne.
    Il est indispensable de se poser en urgence la question concernant les couches jetables pour protéger les nouveaux nés et bébés d’éventuelles contaminations de leurs fragiles muqueuses.
    Il est indispensable qu’un étiquetage clair et transparent permette d’éviter la multiplication d’alertes fondées ou non. Surtout quand on se souvient qu’un bébé met environ 2 ans ½ avant d’être délivré de ses couches…
    Et sans oublier non plus que le polyacrylate de sodium, une des multiples substances chimiques utilisée dans les couches jetables pour les rendre absorbantes, a été interdit d’usage pour les tampons féminins aux USA depuis 30 ans ! On lui attribue des allergies graves allant jusqu’au choc toxique.
    Une étude de 1988 a mis en évidence la présence de benzol (reconnu cancérigène) dans le gel des couches absorbantes. Puis c’est du furane et de la dioxine (1000 fois plus toxique que le cyanure de potassium) qui ont été trouvés en 1989 dans la cellulose et l’enveloppe des couches jetables.
    Enfin, en 2000, on a trouvé dans les couches du TBT (tributyl étain) et d’autres composés organo-étain perturbateurs du système immunitaire et du système hormonal).

    Comme dit l’éminent épidémiologiste cité plus haut : ne confondons pas « risque » et « danger » et fermons les yeux sur ces entreprises d’empoisonnement public de grande envergure !

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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