L’éco-conception des soins à l’hôpital

    éco-conception des soins

    L’éco-conception d’un soin est l’expression désignant un soin à moindre impact écologique et énergétique. Le concept est créé, il y a dix ans, par Olivier Toma, alors Directeur du premier établissement de santé certifié ISO 14001 en Europe. Aujourd’hui fondateur de Primum Non Nocere®, agence d’accompagnement en RSE et santé, il fait de « l’éco-conception du soin » le sujet prioritaire des hôpitaux et cliniques.

    Olivier Toma : « L’éco-conception est une démarche valorisante qui consiste à prendre en compte les questions environnementales dans toutes les étapes du cycle de vie d’un produit ou d’un service : la conception, la fabrication, la distribution, l’utilisation, la valorisation en fin de vie. Les hôpitaux nous interrogent chaque jour sur ce sujet et il n’y a rien d’étonnant. L’éco-conception a toujours été, à notre sens, une voie d’innovation et de progrès incontestable. Aujourd’hui, nous sommes dans la période de gestation de cette vision nouvelle de la conception et de la réalisation des soins en France. Il faudra certainement du temps pour la rendre implicite, mais l’enjeu est tel en termes de santé publique que nous nous devons d’y réfléchir. »

    Éco-concevoir un soin, c’est maîtriser l’empreinte écologique et énergétique d’un soin.

    indice pptIdentifier les produits utilisés et analyser leur cycle de vie

    Olivier Toma : « La mise en place d’une politique environnementale de l’organisation permet d’identifier les impacts environnementaux et sanitaires qu’un soin génère. Les produits d’entretien et de stérilisation utilisés dans les hôpitaux par exemple, méritent des études et évaluations car leur utilisation peut participer ou non à l’émergence de nouvelles maladies. Les bactéries multi résistantes (BMR) sont un fléau aux Etats-Unis et un « enjeu de santé publique » en France depuis les publications de l’Invs. Il est urgent de maîtriser les quantités astronomiques de produits chimiques utilisés tous les jours et parfois de manière inutile.

    Notre agence est là pour identifier les impacts, analyser les alternatives et proposer des actions d’amélioration. Si je prends l’exemple de la réalisation d’un acte chirurgical, il faut identifier les consommables utilisés et réaliser le bilan des ressources en énergie, en matière première et en eau. Identifier les produits et dispositifs médicaux en s’interrogeant sur leurs impacts sanitaires et sur les déchets qu’ils génèrent : les dispositifs médicaux contenant des phtalates, l’usage unique, les emballages,…

    C’est assurer le bilan carbone de ces produits, connaître les émissions de gaz à effet de serre générées par leur transport et travailler avec les industriels à la diminution des impacts. C’est aussi sans aucun doute travailler avec les centrales d’achat pour référencer des produits moins impactant. Cela passe notamment par la mise en oeuvre d’une politique d’achats responsables.

    médicamentsC’est aussi quantifier la quantité de médicaments utilisés, tant pour l’acte lui même, que les soins, l’anesthésie et le post-opératoire. Analyser cette consommation de molécules médicamenteuses pour élaborer un plan de réduction des consommations ou choisir un indice PBT plus faible. Ce peut être aussi de travailler avec les praticiens pour analyser les gestes et limiter au maximum l’exposition aux risques en termes d’infection nosocomiale, tout en réduisant l’usage unique. »

    Des études pratiques d’éco-conception des soins

    L’agence Primum Non Nocere réalise la première étude d’impact écologique et économique d’un soin en 2011. Un chirurgien du sud de la France décide de faire réaliser un diagnostic « déchets et émissions de CO2 » sur l’activité de chirurgie de la cataracte. Avec 650 000 interventions par an en France, cet acte représente autant d’émissions Carbone qu’un avion faisant 400 fois le tour de la Terre.

    Pour chaque patient opéré, l’étude a révélé 1,5 kilo de déchets d’activité de soins qui doivent être transportés et incinérés, 830 grammes d’ordures ménagères, 340 gramme de cartons, 63 kWh d’électricité, 124 litres d’eau consommés et 17 kg équ. CO2 … pour une seule opération ! Les impacts qu’ils soient gazeux, liquides ou solides, à l’échelle du pays, sont donc considérables.

    Seconde étude en 2012 : l’empreinte environnementale de la dialyse. En France plus de 5 millions de traitements par an sont réalisés par hémodialyse et dialyse péritonéale. On compte aujourd’hui plus de 36 000 patients insuffisants rénaux chroniques.

    éco-conception des soins hôpital

    Commandée par la CAHPP, la Centrale d’Achats de l’Hospitalisation Publique et Privée, l’étude se déroule au Centre Diaverum Arles. Les résultats sont publiés et font l’objet d’une conférence de presse. Depuis, Primum poursuit ses études et publie chaque année des guides pratiques et rapports techniques.

    Olivier Toma : « Grâce à ces études, les professionnels de santé prennent conscience des enjeux. C’est le point de départ de toute démarche de développement durable. Notre rôle est ensuite de les accompagner dans la réduction des impacts des actes quotidiens. Nous proposons un plan d’action adapté et les outils utiles à sa mise en oeuvre. Nous assurons par exemple une veille réglementaire pour informer et permettre aux établissements d’anticiper les nouvelles réglementations environnementales et sanitaires. »

    Travailler sur des techniques alternatives

    Les médecines alternatives et complémentaires (MAC) peuvent apporter une plus value importante, comme l’acupuncture en obstétrique et l’hypnose Ericksonienne dans les blocs opératoires. Ces techniques complémentaires permettent de diminuer les consommations médicamenteuses, d’améliorer l’état de stress des patients et donc de l’équipe.

    médecines alternatives et complémetairesOlivier Toma :  » Les méthodes de relaxation et d’hypnose thérapeutique ne sont pas encore assez utilisées dans nos établissements de santé, la rémunération des gestes étant exclusivement réservée aux anesthésies à base de chimie. L’intégration de médecines alternatives et complémentaires mériterait d’être étudiée pour mesurer précisément leur efficacité et la diminution des impacts générés par cette activité. »

    Le C2DS organisait le 21 juin dernier une journée thématique dédiée à la formation des professionnels de santé aux médecines alternatives et complémentaires : « Quelles formations et quelle structuration de l’activité ? ». Les témoignages d’établissements confirment l’intérêt et la faisabilité d’intégrer les thérapies complémentaires dans les pratiques de soins. Comme en témoigne:

    La Fondation Saint Vincent de pas à Strasbourg, qui a développé un département de médecine intégrative au sein du Groupe Hospitalier avec homéopathie, aromathérapie, acupuncture, hypnose,..Ou encore la démarche adoptée par le CHU de Nantes pour structurer leur activité de toucher massage et de sophrologie dans la prise en charge des patients.

    Éco-concevoir les soins, c’est assurer aujourd’hui une médecine de qualité à moindre impact. C’est également garantir une santé préservée pour les générations futures.

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