Le coût des perturbateurs endocriniens en Europe

    Le coût des perturbateurs endocriniens en Europe

    -Article publié le 18 janvier 2016-

    Ces 157 milliards d’euros représentent 1,23 % du produit intérieur brut (PIB) de l’Union Obésité et sont dépensés pour soigner les diabètes, troubles de la fertilité, troubles neuro-comportementaux, et autres joyeusetés, entraînés par le contact forcé de la population avec les perturbateurs endocriniens (PE).

    C’est la conclusion des études de plusieurs chercheurs européens, qui seront publiées dans le Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism et présentées au congrès annuel de l’Endocrine Society à San Diego (Californie) en mars prochain. Conclusion toute relative car la marge d’erreur possible, d’après les chercheurs eux-mêmes, pourrait faire grimper leur estimation à près de 270 milliards d’euros annuels, soit 2 % du PIB européen.

    Rappelons, si nécessaire, que les PE sont des molécules présentes dans de nombreux pesticides et plastiques, dans certains cosmétiques ou conditionnements alimentaires d’usage extrêmement courant. D’où leur nocivité car même à faibles doses ils interfèrent avec le système hormonal et le dérèglent. Certains d’entre eux – le bisphénol A et les phtalates – ont déjà fait l’objet de restrictions voire d’interdiction en Europe. Mais c’est très insuffisant quand on sait que l’ensemble des PE est autorisé sans être régulé et contrôlé.

    L’Endocrine Society (plus importante société d’endocrinologie au monde) a ainsi établi que «près de 100 % des gens ont des niveaux détectables de perturbateurs endocriniens dans leur organisme».

    D’où vient le danger ?

    1/ Essentiellement des pesticides organophosphorés et organochlorés. A eux seuls ils entraînent une dépense de 120 milliards d’euros par an en Europe.
    • Soit par coûts directs soins, traitements médicaux, etc
    • Soit par coûts indirects : perte de productivité, absentéisme, etc.).

    2/ Viennent ensuite les substances présentes dans les matières plastiques – phtalates et bisphénol A – qui coûtent 26 milliards d’euros à nos budgets européens.
    3/ Sont enfin pointés du doigt les retardateurs de flamme bromés : mousses des canapés, électronique : 10 milliards d’euros par an.

    • La forme de calcul qui prend en compte la baisse des capacités cognitives (perte de points de quotient intellectuel) – les maladies neuro-développementales (autisme, hyperactivité et troubles de l’attention) détermine une énorme dépense de 132 milliards d’euros.
    • Les troubles du métabolisme -obésité et diabète de type 2 – entraînent une dépense de 15 milliards d’euros.
    • Les malformations génitales à la naissance et l’infertilité masculine arrivent en dernier avec 4 milliards d’euros.

    Mais les chercheurs estiment que ces chiffres – énormes mais bien inférieurs aux coûts du tabac : 45 Mds d’€ par an pour la France – sont inférieurs à la réalité.

    Pourquoi sont-ils sous-estimés ?

    Pour des raisons de méthodologie : les chercheurs ont privilégié la solidité scientifique de l’analyse en renonçant à toute exhaustivité.
    Ils ont ainsi mis à contribution, dans la littérature scientifique, les seules études épidémiologiques aptes à chiffrer l’augmentation du risque de contracter ces maladies après tel niveau d’exposition à telle ou telle substance, au cours de telle ou telle période donnée.
    Il a fallu aussi réunir des études – assez peu nombreuses – « permettant d’estimer l’exposition de la population à chaque substance ». Les chercheurs ont poussé le scrupule scientifique jusqu’à exclure de leur analyse les produits dont les effets biologiques, avérés sur l’animal et l’homme, n’avaient pas fait l’objet d’études épidémiologiques solides ou si les données concernant l’imprégnation de la population étaient ignorées.

    Un lobbying dévastateur

    Résultat de ces précautions ?
    • Seuls 5 % de l’ensemble des PE en circulation ont pu être pris en compte
    • Seule une « petite part des maladies liées à ces substances » ont pu l’être aussi.
    Ont ainsi été exclu de l’étude, les cancers du sein et de la prostate, pourtant en forte augmentation depuis trente ans, très probablement favorisés par l’exposition à certains PE.
    Pourquoi ? Parce-qu’ « il manque à l’analyse toute une partie sur les troubles liés au système reproducteur féminin…..mais nous manquons de données issues d’études suffisamment longues pour estimer l’augmentation des risques de cancer du sein, après des expositions in utero, par le biais des femmes enceintes. » précise l’un des chercheurs.

    L’avenir permettra certainement de combler ces manques et les chercheurs s’attendent à ce que l’estimation avancée soit alors encore aggravée.

    Il n’empêche que les données ainsi récoltées avec beaucoup de rigueur devraient être versés au dossier réglementaire en cours d’instruction à la Commission européenne. Celle-ci – comme nous en avons rendu compte – aurait dû publier les critères d’inclusion des PE en décembre 2013, afin de procéder à leur réglementation. Mais le lobbying des industriels s’est avéré si intense et si efficace puisque la décision a été reportée aux calendes grecques…

    La pitoyable excuse avancée consistant dans « le lancement d’une étude sur l’impact économique que la régulation aurait sur les entreprises ». Une excuse tellement cousue de fil blanc que la Suède – soutenue par plusieurs nations européennes – a attaqué la Commission devant le Tribunal de justice de l’Union européenne.

    Le dernier mot sur cette pénible situation doit être laissé à M. Trasande, professeur associé à l’université de New York, premier auteur de ces travaux :

    « Il y a de toutes façons des choses que nous ne parviendrons jamais à chiffrer économiquement, comme la souffrance psychologique et la détresse des familles qui sont confrontées à ces maladies en augmentation »

    Nous lui en donnons acte.

    Olivier TOMA – PRIMUM-NON-NOCERE

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